12.
Ses pas la menèrent vers cette porte massive et sombre autant que banale. Elle tourna la poignée. Mais rien ne s’ouvrit. Deux tours de clefs plus tard, la porte grinça sur ses gonds -sans en sortir- et pivota, dévoilant ce qu’elle cachait à cette visiteuse. Intriguée, la curieuse tendit machinalement la jambe pour descendre. Mais s’arrêta net. Il n’y avait ni escalier, ni balcon. Juste le vide. Le vide. Mais pas le néant. Loin de là… Son visage exprimait la surprise lorsqu’il fut balayé par le souffle d’une bouteille d’eau qui volait à tire-d’ailes. Si bien balayé que même les traits avaient disparus. Et réapparurent avant qu’elle s’en aperçoive.
Des cris s’approchant lui firent tourner la tête -sans qu’elle soit grisée. Un bébé manteau perdu piaillait à col déployé pour appeler sa mère. Tant et si fort qu’il lui cassa les oreilles. Affligée, Orphéa en ramassa les bris. Mais le sourire d’un tube de colle survenu opportunément répara promptement les dégâts. Ravie, elle se répandit en remerciements. Et ce n’est qu’en passant la main dans ses cheveux qu’elle s’aperçut que les morceaux avaient été recollés dans le désordre. Le tube de colle était miraud sans ses lunettes.
Cette mésaventure ne lui fit pas perdre le nord pour autant. Et quand un paquet de biscuits lui demanda son chemin jusqu’à la prochaine boite de chocolats, elle feignit l’incompréhension et mangea les gâteaux qui se débattaient. C’est alors qu’elle remarqua la présence d’un témoin de ce biscuiticide. A quelques mètres d’elle, un dentifrice hululait sur une branche de savon en clignant des pattes. Mais il était là sans y être…. Il resta un certain temps les yeux hâves dans le vague, en plein shoot de gouache. Puis, rama jusqu’à une brindille de pain au loin.
Elle avait encore faim et, visiblement, l’horizon était dépourvu de comestible. D’ailleurs, seule une assiette hilare approcha en nageant sur deux patins. Multipliant les chutes, l’écuelle finit par se casser ailleurs. Orphéa ne regretta pas ce départ, vu qu’elle était vide. La conclusion s’imposait. Il lui fallait chercher de potentielles victuailles plus loin. Mais ce lieu en recelait-il d’autres ?
Orphéa quitta son perchoir dans un saut carpé et plana un instant en apesanteur avant de choir. Inopinément, la descente cessa et s’inversa. Elle vit repasser la porte, tandis qu’elle continuait de s’élever.
Enfin stabilisée, elle observa son nouvel environnement. Dans cet espace inattendu, des pulls pataugeaient dans ce qui aurait dû être le ciel. Mais qui, en fait, ressemblait plutôt à une vaste autoroute d’angles droits et d’ellipses aléatoires, immergés dans du sirop de parfum. Ayant fait quelques pas, elle aperçut deux doubles croches qui roucoulaient à l’envers sur un cluster endormi et hirsute, en massacrant December de Regina Spektor. Les mains sur ses oreilles puzzle, elle courut se mettre à l’abri.
Imitant le Penseur, elle s’assit pour réfléchir. Mais ses réflexions furent rapidement interrompues par le départ de son siège. Orphéa tenta de s’accrocher. Et faillit être désarçonnée par le galop à vive lenteur qu’entama sa truffe-chaise. Cet incongru rodéo s’acheva par un freinage qui projeta Orphéa sur un lamantin-châtaigne qui ronflait en s’énervant.
“ Mais quel pays de fous ! ”râla-t-elle. ” Sans queue, ni tête, il a forcément une issue. ” Et elle entreprit de la trouver pour retourner chez elle. Des milliers de millimètres, elle marcha sur place sans qu’aucune sortie ne se profile. Pourtant, Orphéa n’avait plus que cette idée fixe qui tournait en rond : partir.
Apparaissant soudainement, un flocon de neige chirurgien lui proposa d’opérer ses oreilles-Picasso. Poliment, elle refusa, préférant l’originalité. Et craignant aussi les nouvelles conséquences.
Anxieuse, elle effleura ses oreilles et regarda alentour. Puis, étourdie par une migraine, remonta le drap en baillant.
©V.T.
(Garanti 100% sans drogue, ni alcool. Comme toujours.)
A l’instar de l’art, que 2011 2012 soit, pour vous, l’univers de tous les possibles.
Publié le 06/01/2011.
מאַנד
Vue de loin et pour les étrangers, c’était une planète étrange où, grouillaient en tous sens, des vers agités sur une orange cubique aux pans effrangés. Mais vue de loin, seulement.
Non référencée sur les cartes galaxiques, cette terre abritait tous les mots de la création, tous les verbes de l’univers. Naufragés perpétuels à l’ubiquité permanente. Présents bien que dématérialisés. Chuchotés. Articulés. Clamés. Hurlés. Écrits. Tus.
Portant, sur leurs frêles épaules, des consonnes d’amour, des voyelles de haine, des syllabes de réflexion, des phonèmes et lexèmes d’émotions primales ou sophistiquées. Arborant des prétentions littéraires, des envies de changer le monde, la vie, les êtres ou vite périmés sur une liste d’achats, un rôlet. Raturés sur un manuscrit ou une déclaration hésitante de fièvre. Reniés par l’abdication de la sincérité.
Fiers, bien que blessés au plus vulnérable de leur être, l’orgueil en ultime ressort. Ravaudage des fibres déchirées. Onguent sur les blessures trop longtemps béantes. Passe-muraille des conversations indigentes, des relations insignifiantes.
Bouteilles à la mer des quêteurs d’espérance séraphique. Saltimbanques de l’imaginaire effréné. Indigènes de contrées chimériques et fantasmées. Clés de serrures immatérielles.
Ultime témoignage plus espéré qu’un messie. Inlassable combattant, aguerri aux luttes éprouvantes. Titans condamnés au sort de Sisyphe, au destin d’Inanna.
Armes vénéneuses mutant en parasites coriaces, en vampires. Messagers du sordide humain épandu en quatre colonnes. Nomades errant, désemparés, dans la nuit de la conscience.
Survivants de l’horreur ordinaire, emprisonnés dans un mutisme dévastateur. Dernier clou sur le cercueil de l’indicible et de l’amertume.
À suivre.
© V.T.
Bande son (pendant l’écriture) : Puggy – Insane.
L. Feininger – The Bridge I
Arbrain.
28/09/11.
Et voilà… Ravagé à l’eau (même si ça lui donne une petite ambiance Chas – Addams-). J’essaierai peut-être de le nettoyer sur Paint. Ou de le refaire. Surtout que ce n’était pas à 100 % ce que j’avais à l’esprit avant de dessiner….
Bande son : Frostbitten – Erevan Tusk – 2011
Carnivores, aussi.
- Il faut peut-être changer l’eau.
- On dirait qu’ils s’étiolent.
- Possible, oui.
- Tu les as acheté quand ?
- Mardi.
- Et le vendeur t’a dit que ça tenait bien ?
- Oh, les vendeurs, tu sais…
- Ça fait quand même court. Ils ne sont pas robustes. Ou alors, ils ont été génétiquement modifiés pour avoir des couleurs plus éclatantes. Ou, plus à la mode.
- Tu peux les jeter. Je vais en acheter d’autres. Mais, cette fois, je les prendrai assortis à mes pétales. Et puis, avec des cheveux de meilleure qualité. Regarde, l’Allemand, là… Il est déjà presque chauve. Tu parles d’un décoratif…
© V.T.
Pour une fois, j’aurais écrit en moins de temps qu’il vous faudra pour le lire.
Idée venue au milieu de cet article : ici
Le premier qui me dit que ça ressemble à ça, se prend une baffe.
The Routes – Do What’s Right By You.
-
Extermination.
Assis devant une série de listes, il affichait un air concentré.
Buchenwald : 19 males, 12 femelles, 7 petits
Birkenau II : 37 males, 15 femelles, 4 petits
Dachau : 22 males, 13 femelles, 6 petits
Flossenbürg : 8 males, 3 femelles, 2 petits
Kaufering : 11 males, 9 femelles, 2 petits
Madjanek KZ Lublin : 21 males, 13 femelles, 5 petits
Plaszów : 14 males, 6 femelles, 1 petit
Ravensbrück : 18 femelles, 7 petits
Dans un sourire qui ressemblait à un rictus, son visage contrefait se crispa et une lueur de volupté le parcourut. La journée avait été bonne. Excellente, même. Figé dans une posture altière et raide, il fut parcouru par un frisson d’extrême satisfaction.
Après s’être assuré que les portes étaient fermées, il sautilla sur place dans son bureau. Puis, à cloche-pied, fit le tour de la pièce en lançant un globe terrestre. Un vautour rabougri jouant à la balle et tripotant sa moustache. Il tortilla une mèche de cheveux qui resta inflexiblement à la verticale, tranchant méchamment avec le reste de son casque capillaire.
Le travail rend libre s’asséna-t-il. Et, aussitôt, il composa un faciès sérieux, fermé, rigide que traversait, sournoisement une étincelle de joie. Il alluma son ordinateur portable et y inscrivit méthodiquement les macabres chiffres du jour.
Le funèbre rituel glaça les minutes qui devinrent des heures, des années, des vies. Puis, une petite demi-heure plus tard, il enregistra le fichier et remarqua une touche du clavier ornée d’un étrange symbole : une sorte de dolmen précédée d’une corne. Totalement dominé par sa curiosité, persuadé qu’on lui cachait d’importantes informations et oubliant sa maladive méfiance, il l’enfonça.
Aussitôt, il ondula, se tordit, vrillé jusqu’à la déformation totale. Aspiré par la touche, il fut désintégré et rematérialisé sous forme de pixels dans les arcanes de la bête, dans les dédales numériques d’usine à gaz informatique. La violente colère qu’il piqua n’eut aucun effet. Le système anti-virus se mit en route.
Bien que n’en ayant toujours pas obtenu l’autorisation, le Général Schädling Verschwinden, zélé et déterminé à porter secours, se décida à entrer. Furher ? Furher ? Mais nul ne répondit. Fouinant dans chaque recoin du bureau, le Général Schädling Verschwinden tomba soudain nez-à-nez avec l’écran du portable qui affichait : « un ver a été détecté. Déclencher le processus d’extermination pour nettoyer la zone infectée et éliminer le danger. »
Et le Général valida.
©V.T.
J’ai écrit ce texte, il y a longtemps. Initialement, je ne devais pas le publier. Mais M., une des rares personnes à qui je l’avais fait lire à l’époque m’a persuadé de changer d’avis.
Et soudain, l’avenir dernier…
Il relut la fiche, vérifia l’homologation, puis jeta un dernier coup d’œil sur l’harmonie générale et sortit son portefeuille. Immédiatement, un vendeur accourut.
- Un très bon choix, monsieur. Vous en serez pleinement satisfait.
- Et dans le cas contraire ?
- Vous avez trois semaines pour l’échanger sans justification. Ensuite, la garantie contre les vices cachés majeurs s’applique durant deux ans.
- La fiche est conforme à la réalité ?
- Bien sûr, monsieur.
- Elle parait un peu idyllique… Donc, les dernières modifications ministérielles sont incluses ?
- Exactement, monsieur. Regardez ici, la vignette de certification du laboratoire d’État. Ainsi que sur les documents d’acquisition, évidemment. De toutes façons, depuis le 1er mars nous ne pouvons plus commercialiser les anciens modèles.
- Dans ces conditions, vous pouvez établir la facture.
- Monsieur a très bon goût et ne regrettera pas d’avoir choisi notre haut de gamme. Suivez-moi au guichet pour le règlement et les formalités.
Le bracelet électronique antivol fut retiré au matricule 2912-jf et elle suivit docilement son propriétaire. Le vendeur, avec un large sourire, tendit à M. Othel Herrdog l’acte de mariage provisoire et la facture.
2912-jf, s’assit à la place indiquée dans la voiture de son mari. Les murs reflétaient la grisaille de la nuit et la clarté de la banlieue dans un défilé pétrifié.
- Tu t’appelleras Bianca Catharina. Mouais. Un peu long… Biancatha, donc. Oui, ça me plait, pour l’instant.
Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant.
- J’ai trouvé ta notice bien élogieuse. Limite pub mensongère. J’espère que tu possèdes bien tous les critères décris. Tu subiras un test. Et s’il en manque un, je te rapporterais pour remboursement. Je ne veux pas me faire rouler.
Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant.
- Dans un an et demi, nous aurons notre premier enfant. Tu seras toujours sous garantie, ainsi si…
- J’en veux trois. Mais le second ne sera pas avant 2038. Cinq ans d’intervalle me semblent bien. Je ne veux pas que tes occupations maternelles t’accaparent. Tu ne sers pas qu’à ça…
Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant. Et les façades se répliquaient en miroirs sans tain dans un vertige horizontal.
Le portail de la villa s’ouvrit devant la voiture. L’entrée sentait le rance de la monotonie.
- Fais le repas. Je suis vanné. C’est dans tes capacités d’après ta fiche. Dans tes capacités et dans tes fonctions quotidiennes, désormais.
Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant.
Les années passèrent sous la poussière de la routine, la cendre des rêves. Les enfants se succédèrent selon le programme planifié. Tout se déroulait sans imprévus, sans heurts, sans résistance ou opposition. La vie coulait sous un sourire figé et immuablement charmant. La vie coulait, aspirée.
La pluie s’était transformée en déluge continuel. Mais le tonnerre semblait aphone face à la fureur qui s’échappait des fenêtres de la villa. Othel hurlait. Mais, cette fois-ci, Biancatha ne souriait plus.
- NON. Répéta-t-elle aussi calmement que fermement.
- COMMENT ÇA NON ??!! TU N’AS PAS LE DROIT DE DIRE NON. C’EST INTERDIT PAR LA LOI. QUOI QUE JE TE DEMANDE, TU DOIS M’OBÉIR !
- Non. murmura-t-elle.
Le chaos répondit.
Puis Othel la saisit violemment par le bras et la traîna dans la voiture à demi assommée.
- NE METS PAS DE SANG SUR LE SIÈGE DE MA VOITURE !
Les kilomètres dégoulinaient sous les roues dans un vertige immobile.
Biancatha entendit vaguement des bribes d’une conversation tumultueuse : ”Nous ne pouvons plus… ”, “ hors garantie ”, “ une anomalie de la carte-mère, probablement ”, ” centre de reprogrammation psy… ”, ” vous avez entièrement raison, monsieur. Choisissez-en une autre et je vous ferais une remise en guise de dédommagement ”, ” l’admission se fait sans aucune expertise médicale. Seules votre parole et volonté suffisent ”
Le fourgon s’arrêta devant une ancienne école transformée depuis la recrudescence de dysfonctionnements des nouveaux modèles. Toutes les pensionnaires étaient des femmes à l’histoire commune et similaire, à la désobéissance ordinaire et considérée pathologique autant qu’illégale. Mille visages différents mais presque clones de 2912.jf. Et, bientôt, davantage encore…
Ils consignaient ces dérapages et anomalies dans le carnet qui les accompagnerait désormais après leur reprogrammation psychologique. Elles ignoraient qu’elles ne pourraient plus être écoulées que dans les drugstores de soldeurs. Si le bug était corrigeable, bien sûr. Sinon…
© V.T.
J’ai écrit ce texte vite fait dans la foulée de l’idée. Donc, je le modifierai probablement ultérieurement puisque certaines tournures ne me plaisent pas. Il y a trois références littéraires (je le mentionne afin d’éviter qu’on me le demande, comme pour la référence à Cocteau dans le titre de mon avant-dernière note). Et, enfin, pour rassurer mes ami(e)s et ma mère, je précise qu’aucun élément n’est de nature autobiographique…
Four feet in the grave.
Une lueur blafarde éclairait les tombes à perte de vue. Pas un rat ne courait quand la pierre tombale pivota sur la gauche. Puis, une longue main osseuse se posa sur le bord de la sépulture où un feu follet se sustentait.
- Oh, merde ! J’ai encore raté la marche. Léon ! Tu la répares quand ?! Je vais finir par me déboîter la rotule. Et ce flemmard d’ostéopathe va encore me recevoir quand les crapauds auront des dents.
Léon ! Ne mets pas une éternité à venir, je vais rater mon cours de fitness (1).
- Tu continues le fitness, Gertrude ? Mais quel intérêt ?
- Pardi ! Tu n’as pas remarqué que j’avais grossi des fémurs et des iliaques ?! C’est bien ce que je pensais. Tu ne me regardes plus, Léon. Tu n’as sûrement pas vu, non plus, que je m’étais faite permanenter.
- Euh, si… Et t’as changé de couleur de cheveux, aussi…
- Non !
- Ah… ? Hum… On prend le scooter ?
- Oui. Et n’oublie pas les casques ce coup-ci, Léon. Je préfère arriver décoiffée que de chercher partout mes os, sur la chaussée, comme la dernière fois. Tu conduis vraiment à tombeau ouvert. Un vrai danger ambulant !
- Je les avais prévus, Gertrude. Mon sens exemplaire de l’organisation.
- Ton sens de l’organisation ? Non mais, tu plaisantes, Léon ?! Plus bordélique que toi, y a pas dans tout le cimetière et la ville réunis ! Et puis, tu t’es encore planté. Ce ne sont pas les bons casques. Ça ce sont ceux que t’as piqué au cimetière militaire.
- Ah oui, tiens… C’est pour ça alors qu’ils ont une pointe sur le dessus…
- Allume ! Sinon, tu vas encore nous faire rouler avec les casques que t’as volé sur le chantier d’à côté. Et tu sais bien que le jaune me donne mauvaise mine.
- T’as pris la liste, Gertrude ?
- Oui.
- T’as pensé à y rajouter mon beurre de cacahuètes (2) ? Et mes chips pour le match de foot ?
- Oui, oui. Mais grouille ! Allez, remue tes os ! Sinon, ce sera ouvert avant qu’on ait fini. Et on fera encore mourir un vigile de crise cardiaque. Tu sais bien que ça me contrarie. Surtout, de devoir passer avec des victuailles qu’on n’a pas payé au milieu de toutes ces équipes de secouristes qui nous regardent avec un air de veau en hurlant. Et alors ?! Ils ne voient jamais des gens faire leurs courses ou quoi ?!
- Tu sais, je me demande si tu devrais l’échanger ce linceul. Moi, je trouve qu’il te va bien. Les grosses fleurs oranges, ça me permet de te repérer quand tu vas discuter avec Alphonse, à la rangée 86. Et puis, ça te rajeunit.
- Ça me rajeunit ? Comment ça, ça me rajeunit ?! Avec toutes les crèmes-parce-que-je-le-vaux-bien que je mets, j’ai besoin de porter cette guenille, ces hardes affreuses pour avoir l’air jeune ?! Tu es un mufle, Léon ! Même involontairement ! Et c’est bien le pire ! Tu veux qu’on parle de tes salopettes vertes et de tes vieux pulls élimés que ta tante t’avaient tricoté, hein ?!
- Moches, je t’ l’accorde. Mais très confortables. Et le confort, ça compte. Et puis, pour bricoler, c’est plus pratique. Et tu sais bien qu’il va falloir que je refasse le capitonnage et que je lasure le cercueil. T’as vu comme il est écaillé ?! D’ailleurs, faut qu’on passe au magasin de bricolage pour voir les nouvelles tendances. Berthe m’a montré le nouveau tissu de son cercueil et j’ai bien envie de mettre un truc dans ce genre. En plus, il parait que c’est plus facile d’entretien. Pour la bière, notamment… Et elle a aussi installé des L.E.D. pour donner une ambiance cosy. C’est chouettos.
- Eh ben… Avec tout ce qui est prévu, on va encore rentrer morts de fatigue.
© V.T.
(1) Je n’ai rien contre le fitness. Mais rien pour, non plus.
(2) N’ayez pas honte. Moi aussi, j’en ai mangé quand j’étais enfant de cette *****. C’est-à-dire quand je n’avais pas de goût… ;)
Le titre est un clin d’œil à cette géniale série de la BBC : One Foot In The Grave.
Un extrait ici (lien) pour ceux qui ne connaissent pas.
En 2006 et 2007, j’avais écrit un truc dans l’esprit d’Halloween (ici, pour qui voudrait les lire). Là, c’est plus Toussaint. Mais Toussaint, drôle (ce qui est plutôt antonyme et antinomique…)
Et la brume marcha sur son paillasson…
Lui : Et mes cheveux ?
Lui : Et mes bras ?
Lui : Et mon visage ?
Lui : Ma bouche ? Mes yeux ? Mon nez ? Mes oreilles ?
Lui : Tu ne me l’as jamais dit.
Lui : Pourquoi as-tu changé ? Pourquoi est-ce ainsi entre nous ? Le sais-tu ? Pourquoi ça a chaviré ?
Lui : Des reproches, des critiques mais jamais rien d’autre. Hormis pour les autres… Et à la tonne, là. Pourquoi, hein ? Je veux savoir !
Lui : Tu ne me pardonneras donc jamais ?
Lui : Crois-tu que je fasse souffrir les êtres par pur plaisir ? Non. D’ailleurs, c’est pour ça que je le fais si souvent… C’était ce qu’il y avait de mieux pour toi. Tu ne me crois pas ? Mais quand me referas-tu enfin confiance ?!
Lui : Tu m’écoutes ?! Ou tu t’en fous encore, pour changer ?!
Lui : Le silence est plat comme un caribou. Et puis, on ne va pas beaucoup avancer si tu ne dis rien. Je ne te demande pas grand-chose. Juste d’acquiescer à tout ce que je dis et t’ordonne. Reconnais que c’est peu.
Lui : Tu vois toujours… Euh… Comment s’appelle-t-il déjà ?
Lui : Pas de réponse… Même de ça, tu ne veux pas me parler…
Lui : Comprends-tu que, sans amour, les jours ne sont plus qu’une longue nuit d’hiver ?
Il enfonça ses doigts dans ses cheveux et serra ses tempes, terriblement. Contre-plongée élargissant sur Lui, dans une pièce totalement vide et hermétiquement close. Pendant toute la scène, il s’est déplacé fébrilement de long en large.
Il referma le manuscrit.
- J’accepte le rôle. Quand aura lieu le tournage ?
- Vous passerez des essais avant. Comme n’importe quel autre acteur. Désolé, mais La Fox l’exige aussi.
- La Twentieth Century Fox ?
- Non. Lavinia Fox, la réalisatrice.
Assis, il prit le scénario pour apprendre ses répliques. Il le feuilleta sans pouvoir lire une ligne. Et déchira quelques feuilles, en les tournant nerveusement. Toutes les pages étaient noires. Exceptée, la dernière. Au centre : Rosebud.
Le livret s’écrasa brutalement au sol. Précipitamment, il ouvrit la porte de son appartement pour sortir. Et le brouillard entra.
© V.T.
The Two – I wanna be with you again.
Les premières lignes (en italique) sont extraites du Mépris de Godard. Godard, sur lequel je ne ferais aucun commentaire pour ne pas me fâcher avec SON admirateur. Mais non, je n’ai pas dit que tu étais le seul. Il doit bien en exister un deuxième… quelque-part. Probablement…
D’ailleurs, si j’avais une once de masochisme, j’aimerais les films de Godard. Peut-être. Ou pas.
Ah. Et si vous pouvez lire cette note, c’est que la programmation automatique n’est pas gréviste…
Temps go argentique.
Quand L. entra dans la chambre, elle la vit, posée sur la moquette. En s’approchant, elle reconnut son portrait. Prestement, comme on efface des preuves, elle la rangea dans une boite et l’enterra dans un tiroir. Puis L. prit le débardeur de coton qu’elle avait laissé sur son lit pour finir de s’habiller et sortir.
Assise sur un banc, L. anéantissait un casse-croûte en dévorant Les Enfants Terribles de Cocteau. En s’étirant, elle desserra un peu les doigts du livre et, planant dans un vol de feuilles mortes, la photo rejoignit la terre et les mégots du square. Encore lui ! murmura-t-elle silencieusement et intérieurement. Quelques secondes d’éternité la figèrent dans une stupéfaction bleue. Un gravier sur la bouche semblait tenter de le faire taire mais il la fixait dans une dédicace sans mots dits et L. ne pouvait le quitter des yeux. D’une main tremblante, elle ramassa sa photo à ses pieds et la glissa doucement dans son sac. Pendant quelques minutes, L. lut des lignes incolores. Puis, doucement, le texte s’empara à nouveau d’elle et les mots reprirent un sens, interdits, décontenancés.
La nuit fut peuplée de cauchemars grimaçants, d’une étrange réalité et à la peau moite. La tête lourde de souvenirs qui se bousculaient dans la houle, L. se leva. La journée fut aussi ennuyeusement calme que la nuit avait été furieusement agitée.
Et les jours passèrent, fades, déchaînés, complices et blues.
L’eau cavala sur son corps en effaçant le gel douche, le shampooing, le stress. Mais quand L. tendit la main vers la serviette, ses doigts rencontrèrent une toute autre texture que textile. Un frisson électrique la parcourut quand elle vit cette maudite photo, posée fièrement sur l’éponge. Le temps s’arrêta pour regarder la scène. Et l’eau de ses cheveux tomba en goutte-à-goutte réfrigéré sur sa peau séchée par l’air mutin.
L. alluma l’ordinateur qui resta de marbre. Le fond d’écran toucha le fond de l’abîme : en dix-neuf pouces, il exposait orgueilleusement cette obsédante argentique devenue numérique.
L. l’éteignit rageusement. Mais l’argentique était restée imprimée dans le dédale de son cortex et se superposait à tout ce que son regard caressait. Comme pour l’en arracher, elle appuya les mains sur ses tempes, son front. En vain et contre tout.
Quelques jours vinrent en répits et des nuits en tourments dans ce tango argentique où le temps va, engrenage mécanique.
Ses cauchemars tressaillaient d’une fièvre contagieuse qui ne la quitta pas au réveil et, péniblement, L. ouvrit les yeux, respirant l’oppression de l’air brûlant. Autour d’elle, des dizaines de répliques de cette photo de lui, disséminées en un essaim compact sur le lit, l’entouraient.
À force d’être si présent, le passé ne cessait d’être avenir.
©V.T.
Bande son écoutée pendant l’écriture : Let’s Tango in Paris -The Stranglers (ici), Electrocutango – Electroctango (ici) & Maniac Lover – The Hillbilly Moon Explosion (ici)
L’histoire du sourire errant.
Cette anecdote n’est pas garantie authentique.
Dans une rue mélancolique d’automne, un chien, aboyant et tous crocs dehors, poursuivait un sourire errant. Haletant, ce dernier s’essoufflait. Entre eux, la distance se réduisait dangereusement. Prise de pitié, je mis le chien en fuite et récupérais ce sourire apeuré qui tentait de faire le fier à bras en riant jaune.
Je le réconfortais par quelques mots et décidais de l’héberger le temps de lui trouver un foyer en mal d’adoption de sourire. Dès lors, sans doute pour me témoigner sa gratitude, il s’accrocha à mon visage en modes sourire charmeur ou sourire éclatant. De sorte que, même dans les pires circonstances, j’arborais, malgré moi, un sourire affirmé et conquérant. Vous imaginez aisément les quiproquos et l’embarras que cela généra parfois.
Puis, un jour, enfin lassé de son rôle, il migra sur mon visage pour aller se loger sur mes yeux. D’un revers de main, je le balayais. Pas besoin de lunettes, merci. Même faites d’un sourire mutin. Courroucé, il alla se réfugier dans ma chevelure. Avançant péniblement dans le labyrinthe de mes cheveux entrelacés et attachés, son périple fut long et finit par le raser. Alors, il défit la pince qui les tenait relevés et entreprit de descendre en rappel le long d’une de mes mèches. Peu doué en varappe, il atterrit sur mes genoux. Ébouriffé et grognon, il me fixa. Je jetai vers lui un regard distrait, puis plus scrutateur et me levai inopinément et prestement. Inutile de préciser qu’il chuta, tenta de s’agripper à ma cheville et finit juste à côté du talon d’une de mes salomés. Je l’esquivais pour ne pas qu’il termina en sourire en coin, voire en sourire écrasé.
Dès lors, notre cohabitation devint invivable. Tant et si bien qu’un jour qu’il affichait sa mine de sourire narquois, je le conduisis à la SPS. Mais si ! La SPS : la Société Protectrice des Sourires. Néanmoins (non ! Pas nez en moins !), un peu inquiète de son sort, je prenais régulièrement de ses nouvelles. Ainsi, je sus qu’il fut rapidement adopté par un homme sinistre qui ne souriait jamais. Assurément, il avait encore dû faire le coup du sourire ensorceleur.
Le temps coula sous les ponts. Et, un jour où la morosité habitait tout mon être, j’entendis frapper à la porte. C’était lui, avec son air espiègle et enjôleur en diable.
©V.T.
Ins(ip)ide.
Poussée par un souffle de vent, une petite fille se balançait sur une drôle de balançoire : un fantôme allongé passivement et l’air hagard. Puis, semblant se réveiller de sa torpeur, il partit. Et elle tomba, tomba, tomba, tomba. Et atterrit dans une flaque. Une énorme flaque flasque d’un solide indéterminé et terminée par un cheveu. Un cheveu unique. Unique en son genre. Genre, ressort de feu.
Autour d’elle, la peau d’un crâne formait les berges mouvantes de cette mare figée. Elle se releva, compta ses jambes, ses bras : huit. Parfait. Ses tresses, qui s’étaient nattées pendant la chute, furent frôlées par la robe du fantôme qui portait un masque de vampire souriant. Elle lui répondit qu’elle n’avait pas le temps de jouer puisqu’elle n’avait rien à faire. Alors, déçu, il chuta, chuta, chuta, chuta. Jusqu’à ce qu’il en eut marre.
Mais dans sa chute, des flammes se formèrent. Et aucun incendie ne put prendre dans une atmosphère aussi étouffante. Alors, la larme à l’œil et salivantes, les flammes s’éteignirent, l’une après l’autre. Avec une fulgurante lenteur.
Marchant encore un peu dans un désert surpeuplé de vide dense, de klaxons silencieux, de soleils jaunes à roues, de seringats fanés et mazoutés, de sirop de vie insipide hautement sucré et épicé, de vertiges immobiles, de désirs invisibles, de pulsions et de peurs sédatives, elle se lassa. Rien ne se passait. Rien ne passait. Indubitahlement.
Alors, confortablement adossée au cortex du lobe droit, la tête calinement posée sur un neurone passif, elle s’endormit. Mais debout. Toujours. Jusqu’à ce que LéoNiE, en passant la main dans ses cheveux après ce sommeil agité, toucha celui auquel la petite fille était reliée et la fit choir. Et choir, choir, choir, choir.
Éternellement.
©V.T.
Sangdres.
Pas un bruit ne perturbait le sommeil des habitants de cette mégalopole. Il était tôt. La nuit dormait, elle aussi. Pas une voiture, un bus ne troublèrent non plus le matin quand il prit son tour de garde, succédant à la nuit. Calme absolu, dans ces premiers jours de mai.
M. Personne, un vieillard qui ne sortait que deux fois par mois, prit son cabas qui piaffait derrière la porte en jappant. C’était le premier vendredi du mois, l’un des deux jours rituels pour envictuailler son logis. Les clefs dans la poche et, sur le dos, le blouson mastic passé qui ne jointerait pas une seule vitre correctement, il ouvrit sa porte et sortit. Se déplaçant à la vitesse fulgurante d’une tortue, il remonta son habituel parcours jusqu’à la boutique dans laquelle il s’approvisionnait depuis sa jeunesse. Mais qui avait réussi à tenir jusque-là. Enfin…, la boutique. Parce que sa jeunesse, elle, s’était faite la belle et était en cavale depuis un bail non renouvelable.
Une bonne heure l’en séparait encore. Mais il n’était pas pressé. Ce n’était pas un citron. Sur le trajet, il s’étonna de ne croiser personne. Pas une femme, pas un homme, pas un enfant, pas un rat. Il allait pouvoir traîner encore plus, alors se réjouit-il.. Il toussota. L’air lui brûlait un peu les bronches avec un chalumeau (ndl’a : mâle de la chA(t)llumette). Il devait être à mi-chemin, lorsqu’il aperçut ce pipelet de boulanger, adossé au réverbère qui faisait face à son commerce. Cette immobilité et ce mutisme ne lui ressemblaient pas. Lui qui passait plus de temps à critiquer malhonnêtement, jalouser à en crever, médire en torrents d’ignominies, intriguer avec bassesse qu’à fabriquer pains, viennoiseries et gâteaux. Que pouvait-il lui arriver ?
En s’approchant, M. Personne vit les chaussures (dignes d’un homme dénué de bon goût et d’esthétisme) de l’harpie masculine et boulangère, baigner dans une mare de sang frais. Saisi d’effroi, M. Personne faillit prendre son courage à deux mains et s’enfuir avec. Mais la curiosité fut plus forte. Surtout quand elle argumente, elle est imbattable. Et, avec une grande tape dans le dos qui lui fit sortir la cage thoracique de vingt centimètres dans un mouvement de tiroir qui s’ouvre et se referme, le poussa à s’avancer. Et là… Et là…. Et là… J’en perds mes mots. Ah non ! Attendez, j’en vois quelques-uns, grimpant dans les voilages. Tant pis. Ce ne sont pas mes préférés mais “à mots retrouvés, on ne regarde pas les dents…” Ou un truc comme ça…
Bref…
Et là, M. Personne vit le boulanger, le visage déformé par la méchanceté crasseuse et aigre, statufié sous une épaisse couche de poussière noire et volcanique. La tête pétrifiée, lapidifiée dans une mimique lapidaire. Le sang coulant jusqu’au trottoir, par le nez et les lèvres-deversoirs-d’horreurs. Il constituait une parfaite réplique de l’ Eyjafjöll, au moment de son éruption. Ironie du sort. Et ce pour l’éphémère laps de la postérité sempiternelle.
Comme les radios, les journaux, l’avaient indiqué la veille : le nuage de cendres du volcan islandais ne présentait aucun danger et ne survolerait pas la France. Dans cette mégalopole, comme dans d’autres en Europe, on dut différer certains enterrements des pétrifié(e)s de deux mois…
©V.T. 07/05/10
Je vous explique le principe : imaginer une histoire fantastico-surréaliste en partant d’un fait d’actualité. En somme, dans la même veine que les deux précédentes mais un peu différemment. J’ai donc écrit ce que vous venez de lire dans les minutes qui ont suivi la lecture de cet article de l’Express au titre et à la photo très inspirants (lien). Comme annoncé, j’ai relu et modifié ce que je n’avais pu, hier, faute de temps.
Musique : Magnetic Dust. Kaly Live Dub (2008). Cliquez ici
Vol so far.
Sur une plage de béton en plumes, une machine à écrire, seule, pleurait. Sans savoir pourquoi. Alors, elle décida d’aller nager dans une mer humaine, foule compacte d’au moins une personne.
Quand elle revint dégoulinante de sécheresse, elle sut que la fréquentation d’humains pouvait présenter des risques pour la santé en cas d’abus, surtout quand n’on en consommait que cinq par jour en faisant de l’exercice et à côté d’une alimentation équilibrée et végétarienne. Mais réfléchir lui donnait mal aux touches. Donc, elle cessa continuellement. Jusqu’à ce qu’une de ses touches s’enfonça et imprima sur le papier à musique :
- Il est triste à en rire à gorge déployée
- L
- Son cœur est plus vide que du plomb
- M
- Plus sensible qu’une corde à piano édentée
- Z
- Qui est-ce-t-il-pas ?
- E
- No sé
- #
- Mais enquête sans chercher
- ¨
- Et mes pleurs souriants les touches-tu profondément ?
- &
- Égoïste qui ne pense qu’aux autres, va !
- F
- Alors, lui… évidemment,
- 8
- Comme moi, désespérément esseulé en compagnie.
- /
- [
- Note bien. Mais mal. Et n’oublie tout.
- =
- C’est mon histoire rêvée d’une cruelle authenticité.
- *
- Pourquoi es-tu partie sans bouger ? Go to Hell ! Avec moi, en El Paraíso
-
- D
- À moi aussi, tu as brisé l’âme en un bloc indivisiblement uni.
- = – - + – = +x 1100
- Pardon. J’ai frappé une fautessss. Innocentessss, en plus.
- J
- Tu ne réponds toujours à mes non-questions ?
- !!!!!!
- Alors….
- ….
- Signé : Mémoires d’un phare à la dérive immobile.
Et le phare cessa de caresser les touches de la machine à écrire de ses doigts de lumière noire. Écrasa une larme de sel rigide qui resta suspendue. Et…
Alors, elle s’arracha les feuilles de papier sulfurisé sur lesquels ses mots figuraient. Honteux, fiers, inconsolables, déséchoués et surtout muettement volubiles. Des mots typiquement originaux. Comme toujours un phare n’en adresse jamais à une machine à écrire.
Puis, chapeautée, elle souffla une bulle de savon dans laquelle elle s’enveloppa et en remonta le col universel. Et, les touches remplies d’étoiles de fusée, s’envola haut. Encore, plus haut. Non, je vous dirais d’arrêter. Stop ! Nous y sommes. Et s’épingla sur un nuage dauphin. À perpétuité.
©V.T. 01/05/10
Voilà. Je verrai dans quelques jours, après relecture, si je modifie ou pas. Pour le principe, c’est à peu près le même que pour Insi(pi)de (cliquez ici. Ou sur page précédente). Donc, pour les explications, voir les commentaires sous mon texte précédent.
J’adore Robin McKelle. Et je la remercie d’exister aussi talentueusement. Pour la musique, vous aurez compris que ce sont les deux titres en gras.
Ah, si seulement…
Vous avez vu Nicolas Sarkozy faisant du parachute ? Martine Aubry en tenue de plongée ? La nouvelle tenue de scène posture de Ségolène Royal ? Barack Obama faisant des photos de comm’ du sport ? Non ? Rassurez-vous. Ce n’est pas non plus ici que vous les verrez.
Sous la brise douce d’un après-midi dominical, les bourgeons s’installaient à l’extrémité des branches en catimini (voire en catimaxi. Et même en catamaran pour les plus aventuriers d’entre eux). Au loin, les voitures luisaient dans les rues, les enfants piaillaient dans les arbres, le soleil vrombissait derrière les nuages et les moineaux tentaient de perdre leurs dents de lait sur les portiques du jardin public. Bref… Un moment idyllique dans un monde idyllique où chaque humain avait le cœur pur et l’innocence chevillée à l’âme par une bobinette. Et où chaque instant n’était que pur bonheur, témoignages d’amour, d’altruisme, de générosité, de grandeur d’âme et de charentaises. Comment ça, ça n’existe pas ?!
Assis sur un banc, un chien lisait un journal écrit, comme une multitude, par les valets de la comm’ politique et du capitalisme. De temps à autre, il levait des yeux parfaitement inexpressifs pour siffler son maître qui gambadait ingambe à toutes gambettes au ras des pâquerettes. Mais celui-ci restait totalement imperméable (masse-tics) à l’impératif rappel. Alors, finalement, dans un soupir dépité, le chien donna des oiseaux aux miettes et reprit sa lecture.
Mais il en fut rapidement tiré par Charlotte Corday qui vendait à la cantonade (et aux autres, aussi) des pâtisseries portées par Diogène le Cynique sans son tonneau (“l’abus de Cyniques est dangereux pour les tonneaux“). Conformément aux recommandations du ministère de la santé, il ne lui acheta rien. Pas de repas entre les sucres, bien sûr.
Il avait lu deux lignes de plus quand débuta une étrange procession. Des enfants vinrent le convaincre des mérites d’une bouteille de lait et de trucs en plastiques orange qu’ils appelaient abusivement saucisses cocktails. Une voix suave lui vanta l’ineffable plaisir de conduire la plus belle voiture du monde et des galaxies extra-terrestres dont il ne vit pas bien ce qui la différenciait des autres. Une femme lui montra, sous tous les angles, ses cils de 482 m de long gainés par le nouveau mascara recourbant-volumisant-séparateur-allongeant-effet-faux-cils aux polymères de pétrole protéines de soie le plus prodigieux que la terre ait porté depuis la création de…Bref, jusqu’au prochain mascara du même fabricant. Puis, dans la catégorie ”nouvelle du siècle”, une lessive qui rendait le linge plus lumineux qu’un éclairage de stade. Quand on glorifia l’incontestable avancée pour l’humanité et la gastronomie que représentaient des pâtes réchauffables dans leur emballage plastique au micro-onde, il craqua. Complètement. Excédé, furibond, courroucé, il se leva, jeta le journal en hurlant en direction de son maître : dépêche-toi ! J’en ai marre, j’veux rentrer ! Et c’est toi qu’a la laisse.
NB : Et dire que je n’ai même pas besoin d’avoir recours aux paradis artificiels pour écrire des trucs comme ça. Juste une bonne déprime suffit. Sûre qu’ils mettent des trucs bizarres dans les mouchoirs en papier.
Source ici de ces photos du si joli jardin public de Honfleur (plus beau encore que ces clichés le montrent. Croyez-moi)
Insensément 2
Elle posa son regard à gauche, à droite, au centre (il n’y a pas de raison de le snober) mais sans oublier de le reprendre. Une galerie hétéroclite composée d’objets farfelus trônant en monarques immobiles s’étalait sans vergogne. Une fronde docile, un pichet incassable, un calendrier enragé qui s’arrachait les chiffres à pleines poignées et, au milieu de tout ce bric-à-brac à peine éclairé, un hybride. Croisement d’une TSF et d’une chaîne à disque dur, l’objet non identifié intrigua immédiatement Erima.
- Combien ? demanda-t-elle à l’antiquaire
Il ouvrit la bouche mais curieusement la réponse vint du mainate juché sur une armoire à armures.
- Laiss’ Gustave, j’m’en charge répondit avec gouaille le mainate. Pour vous, ma p’tite dame, c’sera un prix d’ami ! Juste le sextant de Rackham !
- Trop cher ! Je propose quatre plumes de chouette-à-voix-d’ange et six cheveux de chauve-souris.
- Tssss tsss tsss… ah ben on va pas faire affair’ dans c’cas…
- Je rajoute ce pendentif qui annonce les changements de vent et d’ère. A prendre ou à laisser ! Et vu la poussière dans votre capharnaüm, vous ne devez pas vendre souvent quelque chose… Alors…
- J’vous trouve bath ! Allez, c’est d’accord ! conclut le mainate avec un air satisfait de voyou.
Elle quitta la boutique –qui en fut très attristée- et se dépêcha de rentrer pour faire fonctionner cet engin.
Après plusieurs tentatives, un son en sortit. Elle regarda machinalement sa tocante qui afficha soudainement cinquante trois ans, puis vingt six, quatre-vingt douze, trente quatre, avant de s’arrêter sur sept.
- Allons bon… Toi, tu es déboussolée, ma pauvre tocante. Dors un peu pour te remettre les aiguilles à l’endroit.
La musique laissa place à une voix masculine qui chantait une sorte de jazz assez difficilement identifiable. Au bout d’un assez long laps de temps, la voix se tut et un silence total empoigna ses petites affaires et s’installa. Elle secoua l’espèce de transistor et il en tomba des pièces en chocolat, délogeant le silence qui avait pris ses aises. Une seconde voix masculine légèrement différente en émana alors. Puis les deux se superposèrent, se dissocièrent, dans une alternance soutenue jusqu’à une cacophonie qui lui saisit violemment la tête. Ses paupières devinrent lourdes et le sommeil la rejoignit.
A suivre…mais j’ignore toujours quand.
Insensément 1
Par cette ensoleillée veille de Dimanche, Erima, vêtue de sa douzaine d’années, traversait le square Monceau Monsi, le nez plongé dans les parchemins du Royaume de l’abîme du Chihuahua. Concentrée. Occupée à lire les interlignes à l’aide du sextant de Rackham le Rouge -avec le résultat que je vous laisse imaginer-, elle sentit un violent et soudain souffle d’air sur son visage. Les feuilles du parchemin volèrent avant de se redéposer en tournoyant sur le gravier.
Le fautif, le Lièvre de Mars atteint du syndrome dit du-Lapin-Blanc hurla, tout en s’éloignant, des “je suis en retard” exaltés sans s’excuser le moins du monde de lui avoir ainsi coupé la route.
- Bien sûr ! Toujours des prétextes…comme si j’allais le croire maugréa-t-elle en rassemblant les pages dans une chemise rose sans col qu’elle cala sous son bras.
Chemin faisant elle rejoignit la boutique du Grimoire Grimé. La porte dansa sur ses gonds et, devant elle, le sinistre propriétaire des lieux l’accueillit avec un sourire qui valait une grimace. En franchissant le seuil, elle gagna six ans d’un coup. Et les prit bien volontiers. On ne gagne pas tous les jours quelque chose…
Elle vérifia son nouvel âge sur sa tocante toquée puis parcourut du regard les étagères poussiéreuses.
- Vous cherchez des oiseaux lobotomisés, comme d’habitude ? lança le commerçant cupide.
- Certainement pas ! lui rétorqua-t-elle courroucée. Ni comme d’habitude, ni exceptionnellement ! Et j’ai croisé bien assez de bipèdes lobotomisés comme ça aujourd’hui ! Laisse-moi le temps d’écrire…euh… de trouver, d’abord !
Craignant de perdre une vente, il n’insista pas.
A suivre…mais j’ignore quand.
Le visiteur.
Ce texte d’une tonalité inhabituelle sur mon blog , en surprendra, sans doute plus d’un voire peut-être même tous… tous sauf un.
Depuis quelques minutes, je lisais la même page sans parvenir à me concentrer. Les gouttes d’eau, en chutant de mes cheveux, dessinèrent, sur la page, une sorte de signe qui m’intrigua et me tira de ma torpeur. Un souffle d’air léger sur ma jambe droite, me fit frissonner. Il valait mieux que je referme la fenêtre de la salle de bains; la buée devait s’être évaporée, maintenant.
Derrière moi, un craquement sur le parquet me fit sursauter. Je me retournais, il n’y avait rien.
En relevant la tête, je constatai que pendant que je lisais, le crépuscule avait enveloppé la ville. Soudain, un fracas provint de la chambre et je me retrouvai debout en une seconde.
Les jambes vacillantes, le cœur palpitant dans les tempes, je m’approchai de la porte entrouverte de la chambre.
Je respirai profondément, malgré l’oppression, pour tenter de reprendre mon sang froid et d’analyser la situation rationnellement. Dans mon esprit, se bousculèrent, les hypothèses ; un objet avait chu ; oui, c’était probablement cela ; ou bien, un intrus, peut-être, un cambrioleur, alors. Comment allais-je faire ? Il fallait que je l’affronte ; non, que j’appelle la police mais non, je ne pouvais pas alerter la police sans être sûre qu’il y avait bien un individu. Je devais m’en assurer. Vite, je me précipitai, à pas de loup, vers la cuisine et saisis un couteau. J’allais pousser la porte de la chambre lorsqu’un cri sinistre, indéfinissable, presque surnaturel me glaça l’âme. La main crispée sur le couteau, tremblante, j’ouvris la porte et…
Stupeur! Comment était-il entré ? Que faisait-il sur le lit ? Le soulagement et la surprise me firent rire nerveusement sans toutefois me démunir du couteau. Dans la pénombre, mon regard se planta dans le sien ou peut-être, était-ce l’inverse. L’éclat métallique de ses yeux, de temps à autre, traversés par des reflets chauds et dorés, me fascinait. Après quelques instants, j’avançai pour le chasser lorsque…Non, je ne pouvais le croire, ce n’était pas possible…
J’avais la sensation irréfutable de le connaître. Un chat ? Mais tu es folle ! pensais-je. Pourtant, ma raison ne parvenait à infléchir cette impression.
Je répétais en susurrant « non, c’est impossible, c’est impossible »… Néanmoins, mes yeux fichés, plongés dans les siens, je demeurais pétrifiée, hypnotisée par ce regard si familier dont l’opalescence se troublait parfois d’étincelles durcies comme des fulgurances d’une indéfinissable chose. A mesure, que je le regardais il s’insinuait impérieusement dans mon âme.
Je ne sais si ce face à face fut long ; je perdis toute notion temporelle. Je le reconnaissais mais sans y parvenir pourtant.
Je perçus, comme feutré, ouaté, un bruit de clef dans la serrure, la voix de Benjamin qui m’appelait « Sibylle, c’est moi…Tu es là, chérie ? » et pourtant je ne parvenais à détacher mon regard de la lueur qui fugacement, traversait le sien. Un craquement dans l’entrée me fit me retourner. « Tu es devenue muette ? » me dit Benjamin d’un air amusé et inquiet. Je restais silencieuse et j’entendis alors, derrière moi, un tintinnabule étrange comme celui d’une clochette d’airain. Je me retournais aussitôt et sidérée, constatais que la pièce était vide, qu’il s’était littéralement volatilisé bien que toutes les issues fussent fermées. Dès lors, je ne me souvins pas de ce qui suivi, je demeurais hantée par ce regard, absorbée, absente, cherchant sans relâche dans mes souvenirs, l’explication de cette sensation familière. Toute la soirée, j’espérais une réminiscence qui eût éclairée cet indicible instant, en vain.
Illusion ou réalité, ces deux termes résonnaient, tournoyaient, sans cesse, sans que je ne pusse le savoir… Ma raison ne l’emportait que pour mieux vaciller sous les doutes, indéfiniment, vertigineusement.
La soirée fut cauchemardesque, étrange, irréelle, cotonneuse. Vers quatre heures du matin, enfin, je parvins à m’endormir grâce aux somnifères. Je me réveillais, en sursaut, trois heures plus tard, fatiguée, énervée par un sommeil agité.
Sur l’oreiller, près de ma tête, je distinguais une forme scintillante, argentée. J’allumai la lampe, mon cœur s’emballa à la vue d’une clochette d’une apparence surprenante. Je la saisis fébrilement ; elle était étonnamment chaude presque incandescente. Appréhendant, je la fis tinter et j’en reconnus immédiatement la sonorité ; le souffle coupé, je murmurais « c’était donc réel »…



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