Fragile existence //// 1

Londres, 11 Octobre 2006

Clifford Bergman, 27 ans, remonte le col de son trench Burberry perlé de pluie automnale et marche, insouciant, vers son appartement au 6, Longford Street rejoindre Alison Margin, 30 ans, sa fiancée. Il monte quatre à quatre les marches jusqu’au troisième étage et en ouvrant sa porte ne voit ni le charme discret de l’intérieur soigné abritant leurs amours depuis un mois, ni le tableau vivant de Regent’s Park, somptueusement flamboyant, derrière la fenêtre. Comme toujours, il ne voit qu’elle ; fondant sur lui et demandant, dans un sourire inquiet :
– 150 invités, cela te parait beaucoup ?
– Bonsoir chérie
– Euh, oui, excuse-moi, bonsoir. Tu sais, il est temps que ce mariage arrive, je n’en peux plus.
– Patience, plus que 4 semaines. Pour la liste, le principal c’est qu’y figure toutes les personnes que tu aimes
– 90 personnes de mon côté et 60, du tien. Tu es sûr de n’avoir oublié personne ?
– laisse moi retirer mon pardessus et je vérifie. Surtout, qu’entre nous, la liste, ce n’est pas vraiment la première
chose à laquelle je pense…
– Quelle chance ! Je ne parviens pas à me sortir cela de l’esprit

Il sort la liste du tiroir de son bureau et après seulement quelques noms, ses résolutions se diluent dans une rêverie.
Dans cet instant de plénitude, il ne suppose pas que sa vie aura basculé dans trois jours.
Pourtant, comme les animaux de la Ménagerie de verre de Tennessee Williams, une vie peut se briser en quelques secondes.
La soirée, comme tous les soirs, depuis deux semaines, se passa à discuter des préparatifs.

Clifford a rencontré Alison par le biais d’amis communs, lors d’un anniversaire, en août 2005. Ce soir là, tout était apparu avec l’évidence de ceux qui se reconnaissent par leur incoercible prédestination. Depuis lors, l’alchimie de cet instant ne cesse d’habiter chaque journée, apaisant leurs craintes de l’avenir et leurs douleurs passées.

12 octobre 2006

L’échéance du mariage, le 29 novembre, obsède Alison à chaque instant de son éveil et souvent, de son sommeil,
Elle craint de ne pas être prête à temps, d’oublier des personnes, générant ensuite des conflits larvés pour les années à venir. Depuis quelques jours, elle fait même des cauchemars dans lesquels, invariablement sa robe de mariée s’entache de sang. Sa mère, à qui elle s’est confiée, lui a expliqué qu’il s’agissait seulement de la représentation de sa peur de l’imperfection qui pourrait gâcher ce jour inoubliable. Elle a sûrement raison; son perfectionnisme est assurément la source des frayeurs qui l’assaillent jusqu’à l’oppression…

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