Fragile existence ///fin.

Deuxième partie ici

 

La tête serrée en étau dans une effroyable migraine, elle ouvre les yeux sur la nuit que diluent faiblement, les premières lueurs du jour. Elle prend une feuille de papier à lettres et rédige pour Clifford, une explication : « Je ne me sens pas prête pour le mariage, pour l’instant. Je vais aller chez ma mère, quelques jours, pour réfléchir. Pardonne-moi. » Elle se dirige vers le flacon de « sirop à migraines », ainsi dénommé par une étrange étiquette de la Walt factory, qu’une cousine un peu farfelue lui avait donnée, il y à quelques mois. Elle l’ouvre, le sent et dans une hésitation rapidement dissipée, décide d’essayer le remède. Seulement, quelques minutes après avoir absorbé le médicament, des vertiges remplacent sa migraine et soudain, cette sensation incroyable de rapetisser inéluctablement l’envahit. Les meubles semblent alors mesurer la hauteur d’un immeuble. Tout paraît dorénavant destiné à un géant. Elle ne peut le croire, quand soudain, un grognement, une truffe humide qui la dépasse légèrement, ne lui laissent plus aucun doute. Cléo à l’air d’un monstre frappé de gigantisme, montrant les crocs et la menaçant. Alison n’a plus d’autres choix que de fuir sa propre chienne. Affolée, elle se réfugie sous le canapé pendant que Cléo tourne autour de celui-ci dans un mouvement incessant. Il lui faut trouver une cachette plus sûre. C’est alors qu’elle aperçoit une sorte de petite porte jusque-là inconnue, dans une plinthe, à quelques mètres, soit des lieues pour elle désormais. Elle profite des appétits de Cléo pour sa gamelle, pour courir vers cette issue inespérée.
Elle y parvient enfin, les bronches en feu comme après un marathon et y lit l’inscription « sans retour ». Malgré la bizarrerie de cette mention et de la situation toute entière, elle ouvre la porte et manque de peu, de heurter le Lapin blanc courant avec sa montre gousset en répétant « je n’ai pas le temps, je suis en retard ». Elle avance de quelques pas, et entend derrière elle, la porte se refermer. Au loin, un attroupement de cartes à jouer scande  » Royale Présidente » pendant que, devant elles, la Reine de Cœur radieuse, hurle dans un sourire « il est dangereux, qu’on lui coupe la tête ! », enthousiasmant ses sujets, à l’exception de certains qui chuchotent entre eux « elle en fait un peu trop, là ». Alison assiste fascinée à ce spectacle lorsque la Reine de Cœur, toujours souriante, crie « il est assis entre deux chaises, qu’on lui coupe la tête », puis, encouragée par les vivas, « il n’aime pas les riches, qu’on lui coupe la tête ». « Oh là », se dit Alison, « mieux vaut que je parte, avant que ce ne soit mon tour ».

Ses pas la mènent alors vers la forêt dans laquelle elle s’enfonce, lorsque, relevant la tête, elle aperçoit le Chat-foin sur une branche, lui apprenant dans un large sourire que sa vie entière sera dictée par ses gênes quoi qu’elle souhaite, quoi qu’elle tente. « Non ! » répond-elle, « Jamais ! » avant de s’enfuir.

Au détour d’un sentier, une clairière apparaît devant elle au milieu de laquelle deux personnages prennent le thé. Du thé, pense-t’elle, voilà ce qu’il me faudrait pour étancher ma soif. Elle s’approche d’eux , avant de constater que les deux ne font qu’un. Il s’agit du Chapelier fou de centre-droit face à celui de centre-gauche. « Voulez-vous une tasse de thé ? » lui demandent-ils lentement. « Volontiers », répond-elle. « Voilà ! Une demi-tasse parfaitement centrée » disent-ils en la tendant à Alison. Après avoir remercié l’un, puis l’autre, elle porte la demi-tasse de thé à ses lèvres lorsqu’elle se sent saisie par le bras et se retrouve entraînée dans une folle farandole avec les deux compères chantant « Joyeux non-anniversaire, nous vous souhaitons un joyeux non-anniversaire centré ». Stupéfaite, elle se surprend à chanter avec eux, cette ritournelle décousue.

Passe alors sur le chemin le Lapin blanc, toujours aussi pressé. Sentant qu’il lui vaut mieux partir, elle salue ses hôtes du moment qui continuent leur danse sans prêter attention à elle et se lance à la poursuite du léporidé.

Au même moment, Clifford ayant trouvé la lettre, téléphone à la mère d’Alison, surprise de son appel et qui lui apprend qu’elle n’attend pas sa fille.

La vie de Clifford vient de basculer.

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