La mer.

La plage paraissait s’étendre à l’infini vers la mer en cette douce journée de juin, que seul le vent tentait de troubler en s’amusant, inlassablement, en sale gosse qu’il était, à me projeter les cheveux dans les yeux. Assise sur le dossier d’un banc, je laissais le calme de la grève m’envahir, le ronronnement du ressac réguler mes battements cardiaques, le parfum iodé se déposer, comme le sel, sur mes lèvres.

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Au loin, les silhouettes, éternelles anonymes, se découpaient en contre-champ sur la lumière furtivement tapie derrière les nuages qui ombraient le sable. Derrière moi, en rang discipliné, des villas de la fin du 19ème siècle, s’érigeaient en incontournables incarnations de pierre des vertus de la richesse lorsqu’elle sert l’utile esthétisant. Les belles rivalisant, comme jadis leurs propriétaires, d’élégance, d’originalité, de puissance tranquille ne se détournaient pas des marées qu’elles surveillaient de loin, depuis plus d’un siècle. Ces témoignages de l’esthétisme à la française demeuraient fichés au centre de leur minuscule jardin, cernés par le sable qui tournoyait avec le vent, avant de se déposer sur leur clôture de bois peint, comme pour mieux les narguer.
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Je m’avançais vers la mer, et non loin d’un groupe de rochers moussus d’algues, sur le sable humide, au milieu d’autres coquillages, parfois brisés, vis un couteau vide. En observant le mouvement perpétuel des vagues dissemblables aux reflets gris-bleu bordées de dentelles voraces qui mordaient le sable avant de reculer devant l’ampleur de la plage, me revint l’envie d’écrire, comme je le faisais enfant, sur le sable de cette même plage. Avec le coquillage, j’inscrivis alors mes pensées sur le dos de ce confident amnésique, qui tel un tableau d’école géant et animé, effaçait aussi vite que j’écrivais, ces mots éphémères. Les dernières lettres furent dissoutes par le déferlement d’un rouleau, qui en retournant sur ses pas, restitua une surface lisse. Je regagnai la ville.

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Rien ne subsistait de ces heures passées, et, comme les mots, les traces de mes pas dans le sable, prestement estompées par le vent et la mer, disparurent corps et âmes comme les infortunés marins, naguère. Rien, hormis le souvenir de cet instant gravé dans les abysses de ma mémoire.

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Homo Pensum - Roland MASSON

Homo Pensum – Roland MASSON

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