Le petit conte de l’ogre Kréticifer et la fillette E -1-

Il était une fois, dans une contrée lointaine, sombre et froide, une maison triste où ne régnait que le malheur entrecoupé d’un interminable ennui. Dans cette masure, habitait l’ogre Kréticifer, et une petite fille dénommée E.
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Kréticifer était aussi bête que malfaisant, aussi lâche que manipulateur, aussi dynamique, volontaire et sensible qu’un bloc de granit. Il devait pour plaire aux autres habitants de ce pays -qui eussent été pris de répulsion s’ils eussent connu l’esprit maléfique de ce dernier- dissimuler sa vraie personnalité derrière un masque qu’il revêtait dès qu’il franchissait le seuil. Cet accessoire lui donnait une image de bienveillance et de douceur qu’il n’avait jamais ressenti et transformait son langage en termes plus distingués que les habituelles insultes immondes qui jaillissaient dès qu’il parlait des autres. Il éprouvait un extrême plaisir à tromper son monde, se pensant ainsi doté d’une intelligence qu’il ne pût jamais posséder mais qu’il déniait à tous.
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La petite E était une fillette comme il en existe tant, sage et joyeuse, empruntant les vêtements, les chaussures de sa mère -bien trop grands pour elle- aimant naturellement l’humanité entière et même Kréticifer. Elle chantait tout le temps, au point que les femmes du voisinage, l’arrêtaient pour lui demander, attendries, si c’était elle qu’elles entendaient par-delà les jardins. Intimidée, car elle n’avait pas l’habitude de voir d’autres personnes -hormis la maîtresse et ses camarades-, E les fixait et hochait la tête sans dire un mot.

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E avait peu d’amies. Elles s’étaient presque toutes lassées ou vexées de n’être pas invitées en retour à son goûter d’anniversaire, sans savoir que la seule raison de ceci, était que Kréticifer s’y opposait. Sa paresse incommensurable ne lui permettant que d’avoir des moyens médiocres, insuffisants pour améliorer sa bicoque -de sorte qu’elle devint présentable- il préférait en interdire, purement et simplement, l’accès à tous plutôt que de faire des efforts.

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Peu à peu, la petite E perdit sa joie de vivre et se replia « dans sa coquille » comme l’avait signalé l’institutrice à Kréticifer. Sitôt, cette bonne nouvelle apprise, il ne douta plus de son génie…

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Les ambiguîtés de la 3ème dimension Pierre Rouillon

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