L’oracle des cartes.

Trois heures du matin. La nuit soufflait, comme par le déplacement d’une présence invisible, sa tiédeur sur ses mains, jointes sur sa nuque. Dans le salon, l’album Giant d’Herman Düne résonnait. Il suivait inconsciemment le tempo ondulant de la ligne mélodique pour distribuer, sur la table basse, les cartes de tarots. Il examina chacune d’elle en reposant son verre de tokay-pinot gris. La voix légèrement granitée de David-Ivar Herman Düne sembla ralentir, s’amortir, pour mieux écouter les cartes pythiques. Mais l’oracle n’apporta pas la réponse désirée. Alors, l’air soucieux, il les ramassa, les mélangea puis les redistribua dans un soupir.

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Concentré, il y cherchait des signes pour le guider. Mais, figures passée-présente ou présente-future prenaient, chacune leur tour, l’avantage, dans les cartes, dans la vie. De sorte, que par la baie vitrée, l’aube décolorait l’encre du ciel, affadissait les étoiles, dessinait les contours du paysage face à lui et que, sur ce lavis délavé crayonné à la sanguine, seule se peignait sa perplexité.

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L’inquiétude pointait dans les intonations de André Herman Düne qui pourtant ne connaissait ni l’une, ni l’autre. Laquelle ? Si les cartes savaient, pourquoi ne répondaient-elles pas ? Comment ? Si les cartes savaient, pourquoi ne décidaient-elles pas pour lui ? Ainsi, elles endosseraient l’initiative, la responsabilité, les conséquences, à sa place. Mais les cartes chiffraient le message et seule une bribe était décryptable. Un temps, il lui sembla qu’elles lui étaient hostiles. Pourtant, ce n’était que quelques pièces de carton imprimé, incapables d’une intention quelconque. Alors ?

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Le cryptage avait ses limites et à force, compliquait la compréhension de la situation quand il ne la rendait pas illisible. Pourtant, inéluctablement, et les cartes n’y étaient pour rien, le changement amorcé se poursuivait. Inexorablement, il rapprochait l’avenir et éloignait le passé.

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Si la réponse ne pouvait être trouvée ainsi, il la trouverait autrement. Il rassembla les cartes, que le soleil venait maintenant mordiller sur la table basse. L’album Giant déroula sa fausse légèreté apparente pour la quatrième fois mais, absorbé dans ses réflexions, je crois qu’il ne l’entendit pas.

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