Dans les bois d’Esperhope…

RIfvar, la licorne se dirigeait tranquillement sur le petit sentier menant aux bois d’Esperhope. Dans les premières lueurs du jour, les toiles d’araignée scintillantes couronnaient les feuillages, les fougères, de diadèmes précieux et pourtant, sans valeur.

Esperhope avait la réputation d’être un lieu fabuleux d’où l’impossible fut jadis banni, ce qui était assez singulier pour intéresser notre licorne. Rifvar marchait depuis sûrement plusieurs heures mais le temps n’existant pas dans ces bois, rien ne lui permettait de le savoir. Les chênes avaient succédé aux ormes et aux châtaigniers, sous un soleil qui filtrait péniblement et se reflétait dans les retenues d’eau des souches creuses. Assurément, le décor était enchanteur même s’il n’y avait guère d’autre enchantement en ces lieux, pour l’instant.

Elle commençait à douter des légendes entourant ces bois lorsqu’elle entendit, au loin, les stridences des guitares électriques, les rythmes saccadés de batterie et en s’approchant, vit un groupe de quatre hommes dont un chantait Jimmy Jazz. Vêtus de gilets, vestes et feutres, ils ressemblaient à des jazzmen-rockeurs version Capone et arboraient tous un regard de gangsters, en hurlant London calling devant un auditoire surréaliste de lapins, d’écureuils et de biches, tapant de la patte la cadence entraînante sans visiblement comprendre les paroles engagées et révolutionnaires. Pourtant Rifvar qui connaissait ses classiques savait que l’on n’était plus en 1979 et qu’ils s’étaient séparés depuis longtemps. Mais à Esperhope tout était possible, alors… Alors, les laissant à leurs cris de rage et de révolte, devant ce public conquis par leur musicalité plus que par leurs engagements, Rifvar reprit sa route.

Après avoir erré un temps indéfini, elle perçut le son feutré d’un piano soulignant une frêle voix flottant derrière les arbres. Ecartant les branches, elle vit la sylphide Lisa Ekdahl, répétant avec son trio, qui susurrait maintenant Deep inside your dreams puis avec mélancolie Stranger on the Earth devant des chouettes attendries et des hérissons curieux. Ces bois étaient vraiment très peuplés, en définitif. Rifvar aperçut une tâche de couleur sous un bouquet de bouleaux et reconnut des champignons-expressifs qui changeaient de couleurs selon l’humeur. Lorsque Rifvar les cueillit, ils devinrent verts, verts comme l’espoir pensa-t’elle avant de les ranger soigneusement dans son baluchon et reprendre sa route.

A force de marcher, elle se demanda si elle suivait le bon chemin et lorsqu’elle entrevit sur une branche d’un hêtre majestueux, une mésange bleue, elle lui fit part de son interrogation. Celle-ci demeura pensive puis lui répondit que ne sachant précisément le but que poursuivait Rifvar, il lui était, de fait, difficile de le lui confirmer même si son intuition l’inclinait à l’affirmative.

 

Sculpture en verre par Marta Klonowska 2

Sculpture en verre par Marta Klonowska 2

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