Dans les bois d’Esperhope -3 et fin-

J’espère que cela n’est pas trop confus mais j’ai une migraine épouvantable (je remercie le dentiste).

Troisième et dernière partie

Sortant de ses réflexions, Rifvar ajouta :

– De toute façon, cela ne sert plus à rien. Je sens qu’elle est distante. Je l’ai même sûrement déjà perdu.

– Pourquoi penses-tu cela ? demanda Circésine.

Rifvar fut un peu surpris de cette soudaine familiarité mais n’en voulut rien montrer -comme d’habitude-, puis répondit que c’était une impression qu’il avait.

– Ah ! Une impression ! Tu parles ! Balivernes ! Les impressions, je ne connais pas de pires sources d’erreurs ! s’exclama Circésine.

– Ah bon. Calmez-vous. Je dis cela mais je n’en suis pas tout à fait sûr. C’est d’ailleurs pour cela que je suis venu vous consulter.

Circésine entra subitement dans la maisonnette et après avoir fouillé pendant quelques minutes en maugréant, sortit un engin bizarre, carré avec des lumières de couleurs indéfinissables et changeantes. Devant l’air étonné de Rifvar, elle précisa : mon oracloscope. Tu crois quand même pas que je puisse savoir sans aucune aide et seulement par déductions et suppositions. Allons, mon vieux, faut pas rêver, il n’y à que les questions que l’on pose auxquelles on peut avoir une réponse.

– Est-il trop tard ? demanda-t’elle au machin. Non, tu vois, il est catégorique mais il précise que la courbe ascendante de tes chances vient de s’inverser et décroît très vite. Il ajoute qu’il y à quelque-chose entre vous qui compromet la situation.

– Quelqu’un plutôt, non ?

– Non, pas quelqu’un, quelque- chose !

– Je ne vois pas ce que c’est.

– Selon mon oracloscope, des incompréhensions de part et d’autre que le contexte trop étriqué ne permet pas de résoudre. Il me signale aussi qu’elle a déjà tenté de te le faire comprendre. C’est le cas ?

– Je ne sais pas.

– Mais secoue-toi, mon vieux ! Ne reste pas là résigné à regarder arriver la catastrophe en spectateur comme si tu n’y pouvais rien changer !

– Arrêtez de m’appeler comme cela. Je ne suis pas votre vieux, d’abord et puis qu’est-ce qui vous prend de me rudoyer ainsi ?

– Rudoyer. Tout de suite les grands mots. Il vaut mieux t’habituer car si tu crois que la vie soit facile. Une partie de ton destin est en ton contrôle et sera orienté par ton attitude. Or, tu as deux choix : subir ou agir. Si tu subis, tu attends que les événements, les autres agissent pour toi. Et quand on y pense, tu vis la vie d’un autre et non la tienne. Crois-tu qu’un seul être échappe à ce dilemme et que pour eux cela soit plus facile d’agir ?

– Et si j’échoue.

– C’est un risque que tout un chacun court mais ce risque est une chance.

– Une chance ! Vous plaisantez, j’espère ?

– Oh non ! C’est bien une chance. Certes, l’échec blesse l’ego, mais l’ego tu sais il ne faut pas non plus surestimer son importance, sinon cela devient un handicap. Une chance, je t’assure car il n’y à qu’en surmontant l’échec que tu connaîtras ta vraie valeur, ta force, tes limites et le moyen de les dépasser. Il n’y à qu’ainsi que tes peurs s’estomperont et que cela deviendra plus simple. Ainsi et pas autrement pour tout être.

Devant son trouble qui le murait dans le silence, elle ajouta :

– Quand tu sauras ce qui t’est essentiel, tout deviendra limpide et malgré les doutes, les difficultés ou les contretemps, ta volonté ne faiblira pas car elle tirera sa force du but à atteindre.

– Ce n’est plus la peine, il est déjà trop tard. J’ai perdu.

– Ma parole, il recommence ! Je viens de te dire qu’il y avait un fossé entre vous pour l’instant et qu’il faut que vous soyez deux pour le combler. Et toi, tu t’appesantis sur ton sort soi-disant inévitable. Mais bats-toi. Tu as le droit de baisser les bras quelque temps comme tout le monde mais relève-toi et recommence. Ne sais-tu pas que vivre résigné, c’est être un mort debout ?

– Vous n’avez pas le droit de me parler comme ça, vieille mégère !

C’est vrai qu’à 225 ans, Circésine n’était plus jeune mais la rudesse de ses propos n’était pas motivée par la méchanceté et visait maladroitement à aider Rifvar à réagir.

– Voila ça y est ta faille devient une force. Je te remets cette fiole de retardateur temporel, verse la dans les ailes du moulin du Temps. Cela ralentira le cours des choses et tu bénéficieras d’un délai supplémentaire pour changer l’axe de la destinée. Mais n’oublie pas sans oser, ce temps ne te servira à rien. Ose refuser être l’otage de toi-même. Ose, c’est le secret.

– et si elle n’ose pas ?

– Qui sait…

Il reprit sa route et après quelques kilomètres arriva au moulin du temps. Il versa sur ses ailes qui tournaient à vive allure, le contenu de la fiole et les vit ralentir. Mais soudain, les arbres tremblèrent, vacillèrent sur eux même et rentrèrent en terre les un après les autres. Stupéfait, il s’assit pour ne pas tomber. Les arbres furent remplacés en accéléré par des gratte-ciels, les chemins devinrent des routes, le silence se transforma en brouhaha fatigant. Il était encore sous le choc lorsque le paysage changea de nouveau et encore et encore. De sorte que devant ses yeux, passèrent successivement des montagnes enneigées, des déserts, des forêts luxuriantes, des banquises, le lac noir vosgien, le petit village de Ségovie aux ruelles tortueuses, et des lieux qu’il ne reconnut pas. Et brutalement, tout s’évanouit.

Une forte lumière blanche irradia un bloc de pierre, seul au milieu du néant, sur lequel une inscription en lettres gothiques indiquait :

Esperhope est nulle part car Esperhope est partout. Ce n’est pas un lieu mais une entité. Elle est la fusion de l’espérance, du courage, de la ténacité, du rêve lorsqu’il rejoint la réalité, de la force, de la volonté, de l’amour. C’est elle qui change le monde car chacun la possède en soi.

 

Kay Sage Tommorrow is never 1955

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