Les échappées.

-Désolée. Je sais, je suis un peu en retard mais je n’ai pas pu m’échapper avant.
– Un peu ? Tu as le sens de l’euphémisme ! De toute façon, avec toi, j’ai l’habitude d’attendre.
– Merci, j’apprécie ! Bon, on n’a pas le temps de palabrer. Où es-tu garé ?
– Sur …mais…
– Je connais cette voiture. Je ne voulais pas qu’il me voit. Excuse-moi, tu disais ?
– Sur une petite route, à dix minutes, dans les bois en face.
– Disparaissons vite pendant que la voie est libre, alors.
– J’ai vraiment l’impression d’être dans la plus parfaite illégalité avec toi
– Oh, je suis sûre que ce n’est pas pour te déplaire
– Ce n’est pas faux
– Tu sais, je te connais mieux que tu ne le supposes. Tu ne réponds pas ? Tu en doutes ?
– Je cherche le chemin. Avec tous ces arbres, je ne m’y retrouve pas.
– Forcément, c’est la faute des arbres. Ça ne peut jamais être la tienne de toute façon.
– Torts partagés, disons.
– Hum, si tu veux. On ne va pas épiloguer.
– T’as rien trouvé de mieux que des talons pour courir dans les bois ?
– Je ne savais pas que c’était au programme. Et puis, je n’ai pas trop eu le temps de me changer, tu vois. Aïe !
– Quoi ?
– Je crois que je viens de me tordre la cheville dans la racine de cet arbre
– Voyons, cela.
– Non, ça ce n’est pas la cheville.
– Vraiment ?
– Vraiment et tu le sais ! N’essaie pas de profiter de la situation. On est pressé, je te le rappelle.
– Je fais simplement un examen complet pour te rassurer
– C’est ça, bien-sûr, pour me rassurer. Voyou, va !
– Mais non, je …. Oh !
– Qu’y a-t-il ?
– Derrière toi, dans la clairière, un homme.
– Il dort, on dirait.
– Eh bien, on ne va pas attendre qu’il se réveille. Viens, tu peux marcher ?
– Ça va aller.
– Prends appui sur moi. Ne me regarde pas avec suspicion, tu peux me faire confiance. Tu as ma parole.
– Tu parles d’une garantie ! Comme si tu avais une parole ! Je me demande ce qu’il tient dans la main. Un mouchoir, on dirait, non ?
– Qui ?
– Le dormeur, voyons, pas le talus de fougères ! Je me demande pourquoi il dort ici. En tout cas, il est beau, tu ne trouves pas ?
– Non ! Viens ! On n’a pas le temps de regarder ce type !
– Jaloux ?
– De lui ? Tu veux rire ?
– Tu sais la beauté est un pouvoir majeur dans ce monde. Injuste, certes, mais réel. Elle est un puissant catalyseur et révélateur de l’âme humaine par les réactions qu’elle déclenche chez les autres.
– Ce n’est pas le moment de philosopher. Viens !
– Pas si vite et ma cheville, tu as oublié ? Fais moins de bruit, il vaut mieux éviter de le réveiller. Je préfère que personne ne nous voit.
– Oui, ça je le sais que tu me caches ! Je ne risque pas de l’oublier.
– Tu devrais arrêter ça tout de suite ! Tu sais bien que j’agis avec les autres comme ils agissent avec moi ! Et puis, tu oublies que, de nous deux, c’est toi qui t’es caché le plus, en fait. Toujours à naviguer entre deux eaux, à ne pas vouloir avoir l’air de vouloir.
– Jolie construction de phrase, bravo !
– Plutôt ratée ta réplique !

Monticellli Verger en Provence

Monticellli Verger en Provence

– C’est la proximité de ce crétin qui te rend comme ça ?
– Comme ça, quoi ? Et en plus, tu ne le connais même pas.
– Bon, viens, la voiture ne doit plus être très loin. Arrête de te retourner pour le regarder !
– Mais, je…Oh ! Sur sa tempe…
– Ça ne m’intéresse pas !
– Non, attends ! L

à, sur sa tempe droite, du sang, beaucoup trop de sang…je, je…
– Tu veux dire qu’il est…
– Oui, je crois, qu’il est mort.

EN HOMMAGE A RIMBAUD ET A B

 

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