Inégal combat.

Dans leurs tranchées respectives, les deux adversaires s’étaient déjà lancés toutes sortes de projectiles : pierres catapultées, grenades, missiles, bien sûr. Mais aussi, des bouteilles de Coca Cola, des doubles cheeseburgers, des tracts de Sarkozy, Royal, et Monsieur ni-oui-ni-non alias Bayrou, des narcisses, des particules élémentaires à l’extension du domaine de la lutte et à la chute, des téléviseurs, des attaques ciblées. Bref, tout ce qui leur passait sous la main et pouvant faire l’affaire.

Puis, vint un moment où le calme régna sans partage. Etonnant, troublant même, dans ce contexte. Etait-ce attribuable à une pénurie de munitions, à une lassitude, à une démotivation, ou à une tactique ? Qui eut pu le dire ? Ou même le savoir ? Toujours est-il que, de part et d’autre, le combat s’interrompit. Cependant, sans cessez-le-feu, sans drapeau blanc, sans même une parole échangée, l’armistice ne pouvait être proclamé. Alors, s’installa une longue période d’observation. Dans un camp comme dans l’autre, ce même silence, entêté mutique, hermétique et élégiaque personnage omniprésent. Chacun attendait de son côté que l’autre prit l’initiative de la première charge, du premier échange, du premier mot. Mais, évidemment, rien ne se passa puisque tous deux se muraient dans une longue attente. Le vent souffla sur la campagne désertée, sur les sacrifiés de l’orgueil, de la vanité humaine. Les jours défilaient, avec leur regard vide, abattus, dans une lande languissante et morne. L’un comme l’autre les regardaient passer sans faire un geste. Il me serait difficile de dire la durée exacte de cette situation. Par contre, elle se prolongea sans l’ombre d’un doute. Un jour, ne voyant toujours pas mes vaillants et glorieux combattants agirent, et me devant, de par mes fonctions narratives, d’assurer la suite du récit, je m’enquis d’eux.

Tous deux, dans leurs retranchements, reposaient, les genoux prisonniers d’un journal Libération. Sans doute pour occuper l’attente avaient-ils commencé à lire. Pas un murmure, pas un mouvement ne leur échappait, à présent. Le cerveau disjoncté, ils étaient morts d’ennui. Et là, fièrement, sans un remord, l’assassin sur leurs jambes triomphait. Ils avaient oublié que  » lire Libé tue « .

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s