4 x 3

Dans le vent frais de l’hiver, Juliette Kappuley descendait la rue des Loups-R.oseau à vive enjambée. Sa queue de cheval se balançait au rythme de ses pas et lui chatouillait la nuque. Mais elle ne la sentait pas vraiment. Les passants qu’elle croisait ressemblaient à l’ombre d’eux-mêmes. Visages effacés, uniformes. Mais elle ne les voyait pas vraiment. La musique de son lecteur mp3 résonnait de riffs stridents, de piano jazz, de vibratos colorature. Mais elle ne les entendait pas vraiment. Absente de son corps, comme ceux qu’elle croisait, elle marchait sur l’asphalte de ses pensées. Citadine silhouette flottant dans la jungle des rues, absorbée dans les éthers de son âme.

Un agressif klaxon la réveilla. Autour d’elle, les voitures louvoyaient, furieuses, vers un feu vert statique. Elle remonta le col de son manteau, rattrapa son écharpe qui fuyait et sortit, de son sac porter-épaule, le courrier du matin. Une enveloppe encore scellée lui apprit la seule bonne nouvelle de la journée. Vraisemblablement. Le gain d’un concours publicitaire. Ce qui eut pu ressembler à un sourire se dessina sur ses lèvres. Son regard s’éclaira d’une lueur hypnotisant les yeux éteints qui, tels des papillons de nuit, déambulaient mécaniquement sur le trottoir en quête d’un fragment de lumière. Elle relut plusieurs fois le courrier, paraissant presque y chercher une réponse. Puis, sortant un stylo de son sac, griffonna sur le dos de l’enveloppe pendant plusieurs minutes. Ratures, ajouts, flèches d’insertion pour retrouver le sens perdu d’une phrase dont les mots vagabondaient où ils se trouvaient une place. Satisfaite, elle prit son téléphone.

Deux jours passèrent. Un matin, planté à l’angle de la rue de Roméo Monte-haigu, un panneau 4×3 de la société Ju.ha.Ro. déclamait fièrement, face à un Roméo médusé :

1-Ton intelligence
2- Ta sensibilité contenue
3- Ta capacité à me comprendre. Alors que, ce n’est vraiment pas facile.
4- Ta persévérance
5- Ton inventivité
6- Ton humour
7- Ta maturité
8- Ta provoc’ (un peu trop bridée en ce moment.)
9- Ta patience

Voilà ce que j’aime, chez toi, Roméo.

1- Tes silences qui me glacent et sont ton pire ennemi, ton pire rival. Rien ne m’éloignant davantage de toi.
2- Ta passivité qui me donne une violente envie de te secouer quand ce n’est pas de te fuir
3- Ton manque de franchise qui me rappelle quelqu’un que je déteste
4- Et, dans une moindre mesure, ta jalousie (même freinée).
5- Ton petit côté bobo comme MOF.

Voilà ce que je n’aime pas, chez toi, Roméo.

Les disputes et les désaccords ne me dérangent pas vraiment.

Juliette K.

Sans rapport. Je voulais mettre mon air préféré d’opéra, l’Air de Casta Diva, La Norma de Vincenzo Bellini (1801-1835) par la plus grande à mes yeux. Mais cela semble impossible. Ou alors, le Nouvel Obs n’aime pas Bellini.

http://artemis.blogs.nouvelobs.com/media/01/02/7c53ae9d057898c7ded96fa1fb474694.wma

Maria Callas (1923-1977), O mio babbino caro, Gianni Schicchi de Giacomo Puccini (1858-1924)

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