My fair ego…

Veste de velours rouge sur pull et pantalon souple noirs, X promenait nonchalamment un petit panier contenant quelques galettes et un peu de beurre frais [non, je ne vous raconte pas l’histoire du Petit chaperon rouge…] dans les allées d’un petit supermarché d’une ville que je ne nommerai pas [ne cherchez pas. Il n’y a pas de raisons].

 

Un homme-caddie croisa sa route. Mais si ! Vous en avez vu aussi. Il s’agit de ces invertébrés vautrés sur la barre du caddie qui font corps avec le chariot tels une sorte de Centaure à roulettes et armature métallique. Non loin, un enfant capriçomane faisait une crise de nerfs à une mère écarlate de honte et rongée de culpabilité qui ne voulait pas lui acheter une espèce de machin en plastique qui était peut-être bien un jouet. Mais, alors, un jouet très moche. Liquéfiée face aux hurlements du cher petit ange aussi déchaîné que s’il eût s’agit d’une question de vie ou de mort, elle balbutiait des  » t’es pas cool  » (1) qui n’avaient évidemment absolument aucun impact. Tandis qu’un marque-addict, la babine retroussée, l’œil aux aguets et seulement rebelle par sa mèche , chassait le produit de marque sur l’unique critère d’une outrancière campagne de pub résolument mensongère (pléonasme). Tout ce qui échappait à cette drastique condition se retrouvait jeté dans les rayons sans ménagement et avec moins d’égards qu’une chaussette sale [ne me demandez pas pourquoi on cite toujours les chaussettes dans ce cas-là].

 

Une PLV à tête de télé débitait inlassablement la même rengaine pour tenter de convaincre le chaland des vertus du détergent miracle indispensable pour tout nettoyer des plaques de cuisson jusqu’à la fusée Ariane. Assez pressée d’en finir, X filait d’un (enfin, plusieurs) pas alerte -limite arpenteur quand même- le nez dans sa maigre liste, les cheveux au vent [mais oui ! Le fameux grand Blizzard de l’Hôtel de Ville, plus connu sous l’acronyme de BHV. A ne pas confondre, avec le penseur-de-Rodin-du-siècle, BHL qui est à la philo ce que Florent Pagny est… à Brel(e)].

 

X ne se doutait pas que le plus beau des compliments allait bientôt lui être adressé par un type qui ne devait pas se fouler souvent les neurones. Et voilà cette apostrophe du digne héritier de Racine, Musset et Cocteau réunis :  » Hummm…, miam, miam !  » (2) [sublime n’est-ce pas ?] Retenant la répartie cinglante qui lui brûlait les lèvres, elle feint de n’avoir pas entendu. Même si, vu les cordes vocales de l’animal, il eut fallu pour cela être au dernier niveau de la surdité.

 

Passablement agacée, elle se dirigea vers le stand primeur et fut arrêtée net par la vision d’une inhabituelle manifestation. Intriguée, elle s’approcha de l’estrade en fendant une foule massée [et pourtant sans masseur. Ni ton frère] et assista, déconcertée, à un spectacle abracadabrant : une foire aux ego. Le principe en était fort simple : chacun se vendait au prix auquel il s’estimait. Vous imaginez les disparités entre la valeur réelle [déjà impossible à définir] et les mises à prix. Cela donnait lieu à un étrange panel allant des timides bradés aux fats surcotés. Sans oublier les minaudeuses qui se tortillaient dans des postures de fausse humble et, l’air de rien, aiguillonnaient les enchères jusqu’à ce qu’elles culminent au sommet de leur vanité ; ou ceux qui n’osaient pas demander plus (pour gagner plus ©) par peur du regard et des critiques des autres.

 

Mais plus remarquables encore étaient ceux qui estiment qu’il vous faut accourir quand ils vous sifflent après vous avoir délibérément ignoré(e), vous confondent avec un chien attendant désespérément un signe de son maître et vous croient à leur disposition pour diligemment venir les rassurer, les admirer et les encenser parce qu’ils le valent bien ©. D’autant que c’est déjà un si grand honneur qu’ils vous font. Tout ceci, comme s’il était normal que votre vie tourne entièrement et exclusivement autour d’eux. Et d’ailleurs, sans eux, vous n’existez pas, bien entendu… Eh oui, en somme, ceux qui auraient gagné le trophée à la foire à l’ego haut la main s’il en avait été doté…

 

 

 

 

NB :

 

Titre inspiré du magnifique My Fair Lady dans lequel figure cette chanson

 

Les auteurs authentiques des deux phrases scrupuleusement restituées et signalées par les notes sont :

(1)   une mère à son gamin colérique de six ou sept ans dans un magasin, il y a sept huit ans.

(2)  Un trentenaire persuadé quand je me suis retournée que sa drague n’était pas nullissime, lundi dernier, dans un Monop’ alors que mon panier était encore vide (ça m’aurait fait plaisir qu’il ne s’agisse pas de moi mais d’une tablette de choco, ou un truc comme ça) et flattée à la hauteur de la classe, la subtilité et le respect de ce superbe hommage…

 

Comme quoi, il y en a qui feraient vraiment mieux de se taire…

 

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