Sangdres.

 

Pas un bruit ne perturbait le sommeil des habitants de cette mégalopole. Il était tôt. La nuit dormait, elle aussi. Pas une voiture, un bus ne troublèrent non plus le matin quand il prit son tour de garde, succédant à la nuit. Calme absolu, dans ces premiers jours de mai.

 

 

M. Personne, un vieillard qui ne sortait que deux fois par mois, prit son cabas qui piaffait derrière la porte en jappant. C’était le premier vendredi du mois, l’un des deux jours rituels pour envictuailler son logis. Les clefs dans la poche et, sur le dos, le blouson mastic passé qui ne jointerait pas une seule vitre correctement, il ouvrit sa porte et sortit. Se déplaçant à la vitesse fulgurante d’une tortue, il remonta son habituel parcours jusqu’à la boutique dans laquelle il s’approvisionnait depuis sa jeunesse. Mais qui avait réussi à tenir jusque-là. Enfin…, la boutique. Parce que sa jeunesse, elle, s’était faite la belle et était en cavale depuis un bail non renouvelable.

 

 

Une bonne heure l’en séparait encore. Mais il n’était pas pressé. Ce n’était pas un citron. Sur le trajet, il s’étonna de ne croiser personne. Pas une femme, pas un homme, pas un enfant, pas un rat. Il allait pouvoir traîner encore plus, alors se réjouit-il.. Il toussota. L’air lui brûlait un peu les bronches avec un chalumeau (ndl’a : mâle de la chA(t)llumette). Il devait être à mi-chemin, lorsqu’il aperçut  ce pipelet de boulanger, adossé au réverbère qui faisait face à son commerce. Cette immobilité et ce mutisme ne lui ressemblaient pas. Lui qui passait plus de temps à critiquer malhonnêtement, jalouser à en crever, médire en torrents d’ignominies, intriguer avec bassesse qu’à fabriquer pains, viennoiseries et gâteaux. Que pouvait-il lui arriver ?

 

 

En s’approchant, M. Personne vit les chaussures (dignes d’un homme dénué de bon goût et d’esthétisme) de l’harpie masculine et boulangère, baigner dans une mare de sang frais. Saisi d’effroi, M. Personne faillit prendre son courage à deux mains et s’enfuir avec. Mais la curiosité fut plus forte. Surtout quand elle argumente, elle est imbattable. Et, avec une grande tape dans le dos qui lui fit sortir la cage thoracique de vingt centimètres dans un mouvement de tiroir qui s’ouvre et se referme,  le poussa à s’avancer. Et là… Et là…. Et là… J’en perds mes mots. Ah non ! Attendez, j’en vois quelques-uns, grimpant dans les voilages. Tant pis. Ce ne sont pas mes préférés mais « à mots retrouvés, on ne regarde pas les dents… » Ou un truc comme ça…

 

 

Bref…

 

 

Et là, M. Personne vit le boulanger, le visage déformé par la méchanceté crasseuse et aigre, statufié sous une épaisse couche de poussière noire et volcanique. La tête pétrifiée, lapidifiée dans une mimique lapidaire. Le sang coulant jusqu’au trottoir, par le nez  et les lèvres-deversoirs-d’horreurs. Il constituait une parfaite réplique de l’ Eyjafjöll, au moment de son éruption. Ironie du sort. Et ce pour l’éphémère laps de la postérité sempiternelle.

 

 

Comme les radios, les journaux,  l’avaient indiqué la veille : le nuage de cendres du volcan islandais ne présentait aucun danger et ne survolerait pas la France. Dans cette mégalopole, comme dans d’autres en Europe, on dut différer certains enterrements des pétrifié(e)s de deux mois…

 

 

©V.T. 07/05/10


 

Je vous explique le principe : imaginer une histoire fantastico-surréaliste en partant d’un fait d’actualité. En somme, dans la même veine que les deux précédentes mais un peu différemment. J’ai donc écrit ce que vous venez de lire dans les minutes qui ont suivi la lecture de cet article de l’Express au titre et à la photo très inspirants (lien). Comme annoncé, j’ai relu et modifié ce que je n’avais pu, hier, faute de temps.

 

 

 

Musique : Magnetic Dust. Kaly Live Dub (2008). Cliquez ici

 

 

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