L’histoire du sourire errant.

Cette anecdote n’est pas garantie authentique.


Dans une rue mélancolique d’automne, un chien, aboyant et tous crocs dehors, poursuivait un sourire errant. Haletant, ce dernier s’essoufflait. Entre eux, la distance se réduisait dangereusement. Prise de pitié, je mis le chien en fuite et récupérais ce sourire apeuré qui tentait de faire le fier à bras en riant jaune.

Je le réconfortais par quelques mots et décidais de l’héberger le temps de lui trouver un foyer en mal d’adoption de sourire. Dès lors, sans doute pour me témoigner sa gratitude, il s’accrocha à mon visage en modes sourire charmeur ou sourire éclatant. De sorte que, même dans les pires circonstances, j’arborais, malgré moi, un sourire affirmé et conquérant. Vous imaginez aisément les quiproquos et l’embarras que cela généra parfois.

Puis, un jour, enfin lassé de son rôle, il migra sur mon visage pour aller se loger sur mes yeux. D’un revers de main, je le balayais. Pas besoin de lunettes, merci. Même faites d’un sourire mutin. Courroucé, il alla se réfugier dans ma chevelure. Avançant péniblement dans le labyrinthe de mes cheveux entrelacés et attachés, son périple fut long et finit par le raser. Alors, il défit la pince qui les tenait relevés et entreprit de descendre en rappel le long d’une de mes mèches. Peu doué en varappe, il atterrit sur mes genoux. Ébouriffé et grognon, il me fixa. Je jetai vers lui un regard distrait, puis plus scrutateur et me levai inopinément et prestement. Inutile de préciser qu’il chuta, tenta de s’agripper à ma cheville et finit juste à côté du talon d’une de mes salomés. Je l’esquivais pour ne pas qu’il termina en sourire en coin, voire en sourire écrasé.

Dès lors, notre cohabitation devint invivable. Tant et si bien qu’un jour qu’il affichait sa mine de sourire narquois, je le conduisis à la SPS. Mais si ! La SPS : la Société Protectrice des Sourires. Néanmoins (non ! Pas nez en moins !), un peu inquiète de son sort, je prenais régulièrement de ses nouvelles. Ainsi, je sus qu’il fut rapidement adopté par un homme sinistre qui ne souriait jamais. Assurément, il avait encore dû faire le coup du sourire ensorceleur.

Le temps coula sous les ponts. Et, un jour où la morosité habitait tout mon être, j’entendis frapper à la porte. C’était lui, avec son air espiègle et enjôleur en diable.

©V.T.

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