Et soudain, l’avenir dernier…

Il relut la fiche, vérifia l’homologation, puis jeta un dernier coup d’œil sur l’harmonie générale et sortit son portefeuille. Immédiatement, un vendeur accourut.

– Un très bon choix, monsieur. Vous en serez pleinement satisfait.

– Et dans le cas contraire ?

– Vous avez trois semaines pour l’échanger sans justification. Ensuite, la garantie contre les vices cachés majeurs s’applique durant deux ans.

– La fiche est conforme à la réalité ?

– Bien sûr, monsieur.

– Elle parait un peu idyllique… Donc, les dernières modifications ministérielles sont incluses ?

– Exactement, monsieur. Regardez ici, la vignette de certification du laboratoire d’État. Ainsi que sur les documents d’acquisition, évidemment. De toutes façons, depuis le 1er mars nous ne pouvons plus commercialiser les anciens modèles.

– Dans ces conditions, vous pouvez établir la facture.

– Monsieur a très bon goût et ne regrettera pas d’avoir choisi notre haut de gamme. Suivez-moi au guichet pour le règlement et les formalités.

Le bracelet électronique antivol fut retiré au matricule 2912-jf et elle suivit docilement son propriétaire. Le vendeur, avec un large sourire, tendit à M. Othel Herrdog l’acte de mariage provisoire et la facture.

2912-jf, s’assit à la place indiquée dans la voiture de son mari. Les murs reflétaient la grisaille de la nuit et la clarté de la banlieue dans un défilé pétrifié.

– Tu t’appelleras Bianca Catharina. Mouais. Un peu long… Biancatha, donc. Oui, ça me plait, pour l’instant.

Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant.

– J’ai trouvé ta notice bien élogieuse. Limite pub mensongère. J’espère que tu possèdes bien tous les critères décris. Tu subiras un test. Et s’il en manque un, je te rapporterais pour remboursement. Je ne veux pas me faire rouler.

Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant.

– Dans un an et demi, nous aurons notre premier enfant. Tu seras toujours sous garantie, ainsi si…

– J’en veux trois. Mais le second ne sera pas avant 2038. Cinq ans d’intervalle me semblent bien. Je ne veux pas que tes occupations maternelles t’accaparent. Tu ne sers pas qu’à ça…

Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant. Et les façades se répliquaient en miroirs sans tain dans un vertige horizontal.

Le portail de la villa s’ouvrit devant la voiture. L’entrée sentait le rance de la monotonie.

– Fais le repas. Je suis vanné. C’est dans tes capacités d’après ta fiche. Dans tes capacités et dans tes fonctions quotidiennes, désormais.

Biancatha acquiesça, avec un sourire fixe et charmant.

Les années passèrent sous la poussière de la routine, la cendre des rêves. Les enfants se succédèrent selon le programme planifié. Tout se déroulait sans imprévus, sans heurts, sans résistance ou opposition. La vie coulait sous un sourire figé et immuablement charmant. La vie coulait, aspirée.

La pluie s’était transformée en déluge continuel. Mais le tonnerre semblait aphone face à la fureur qui s’échappait des fenêtres de la villa. Othel hurlait. Mais, cette fois-ci, Biancatha ne souriait plus.

– NON.  Répéta-t-elle aussi calmement que fermement.

– COMMENT ÇA NON ??!! TU N’AS PAS LE DROIT DE DIRE NON. C’EST INTERDIT PAR LA LOI. QUOI QUE JE TE DEMANDE, TU DOIS M’OBÉIR !

– Non. murmura-t-elle.

Le chaos répondit.

Puis Othel la saisit violemment par le bras et la traîna dans la voiture à demi assommée.

– NE METS PAS DE SANG SUR LE SIÈGE DE MA VOITURE !

Les kilomètres dégoulinaient sous les roues dans un vertige immobile.

Biancatha entendit vaguement des bribes d’une conversation tumultueuse : « Nous ne pouvons plus… « ,  » hors garantie « ,  » une anomalie de la carte-mère, probablement « ,  » centre de reprogrammation psy… « ,  » vous avez entièrement raison, monsieur. Choisissez-en une autre et je vous ferais une remise en guise de dédommagement « ,  » l’admission se fait sans aucune expertise médicale. Seules votre parole et volonté suffisent  »

Le fourgon s’arrêta devant une ancienne école transformée depuis la recrudescence de dysfonctionnements des nouveaux modèles. Toutes les pensionnaires étaient des femmes à l’histoire commune et similaire, à la désobéissance ordinaire et considérée pathologique autant qu’illégale. Mille visages différents mais presque clones de 2912.jf. Et, bientôt, davantage encore…

Ils consignaient ces dérapages et anomalies dans le carnet qui les accompagnerait désormais après leur reprogrammation psychologique. Elles ignoraient qu’elles ne pourraient plus être écoulées que dans les drugstores de soldeurs. Si le bug était corrigeable, bien sûr. Sinon…

© V.T.

J’ai écrit ce texte vite fait dans la foulée de l’idée. Donc, je le modifierai probablement ultérieurement puisque certaines tournures ne me plaisent pas. Il y a trois références littéraires (je le mentionne afin d’éviter qu’on me le demande, comme pour la référence à Cocteau dans le titre de mon avant-dernière note). Et, enfin, pour rassurer mes ami(e)s et ma mère, je précise qu’aucun élément n’est de nature autobiographique…

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3 réponses à “Et soudain, l’avenir dernier…

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