12.

Ses pas la menèrent vers cette porte massive et sombre autant que banale. Elle tourna la poignée. Mais rien ne s’ouvrit. Deux tours de clefs plus tard, la porte grinça sur ses gonds -sans en sortir- et pivota, dévoilant ce qu’elle cachait à cette visiteuse. Intriguée, la curieuse tendit machinalement la jambe pour descendre. Mais s’arrêta net. Il n’y avait ni escalier, ni balcon. Juste le vide. Le vide. Mais pas le néant. Loin de là… Son visage exprimait la surprise lorsqu’il fut balayé par le souffle d’une bouteille d’eau qui volait à tire-d’ailes. Si bien balayé que même les traits avaient disparus. Et réapparurent avant qu’elle s’en aperçoive.

Des cris s’approchant lui firent tourner la tête -sans qu’elle soit grisée. Un bébé manteau perdu piaillait à col déployé pour appeler sa mère. Tant et si fort qu’il lui cassa les oreilles. Affligée, Orphéa en ramassa les bris. Mais le sourire d’un tube de colle survenu opportunément répara promptement les dégâts. Ravie, elle se répandit en remerciements. Et ce n’est qu’en passant la main dans ses cheveux qu’elle s’aperçut que les morceaux avaient été recollés dans le désordre. Le tube de colle était miraud sans ses lunettes.

Cette mésaventure ne lui fit pas perdre le nord pour autant. Et quand un paquet de biscuits lui demanda son chemin jusqu’à la prochaine boite de chocolats, elle feignit l’incompréhension et mangea les gâteaux qui se débattaient. C’est alors qu’elle remarqua la présence d’un témoin de ce biscuiticide. A quelques mètres d’elle, un dentifrice hululait sur une branche de savon en clignant des pattes. Mais il était là sans y être…. Il resta un certain temps les yeux hâves dans le vague, en plein shoot de gouache. Puis, rama jusqu’à une brindille de pain au loin.

Elle avait encore faim et, visiblement, l’horizon était dépourvu de comestible. D’ailleurs, seule une assiette hilare approcha en nageant sur deux patins. Multipliant les chutes, l’écuelle finit par se casser ailleurs. Orphéa ne regretta pas ce départ, vu qu’elle était vide. La conclusion s’imposait. Il lui fallait chercher de potentielles victuailles plus loin. Mais ce lieu en recelait-il d’autres ?

Orphéa quitta son perchoir dans un saut carpé et plana un instant en apesanteur avant de choir. Inopinément, la descente cessa et s’inversa. Elle vit repasser la porte, tandis qu’elle continuait de s’élever.

Enfin stabilisée, elle observa son nouvel environnement. Dans cet espace inattendu, des pulls pataugeaient dans ce qui aurait dû être le ciel. Mais qui, en fait, ressemblait plutôt à une vaste autoroute d’angles droits et d’ellipses aléatoires, immergés dans du sirop de parfum. Ayant fait quelques pas, elle aperçut deux doubles croches qui roucoulaient à l’envers sur un cluster endormi et hirsute, en massacrant December de Regina Spektor. Les mains sur ses oreilles puzzle, elle courut se mettre à l’abri.

Imitant le Penseur, elle s’assit pour réfléchir. Mais ses réflexions furent rapidement interrompues par le départ de son siège. Orphéa tenta de s’accrocher. Et faillit être désarçonnée par le galop à vive lenteur qu’entama sa truffe-chaise. Cet incongru rodéo s’acheva par un freinage qui projeta Orphéa sur un lamantin-châtaigne qui ronflait en s’énervant.

 » Mais quel pays de fous ! « râla-t-elle.   » Sans queue, ni tête, il a forcément une issue.  » Et elle entreprit de la trouver pour retourner chez elle. Des milliers de millimètres, elle marcha sur place sans qu’aucune sortie ne se profile. Pourtant, Orphéa n’avait plus que cette idée fixe qui tournait en rond : partir.

Apparaissant soudainement, un flocon de neige chirurgien lui proposa d’opérer ses oreilles-Picasso. Poliment, elle refusa, préférant l’originalité. Et craignant aussi les nouvelles conséquences.

Anxieuse, elle effleura ses oreilles et regarda alentour. Puis, étourdie par une migraine, remonta le drap en baillant.

 

©V.T.

 

 

 (Garanti 100% sans drogue, ni alcool. Comme toujours.)

 

 

A l’instar de l’art, que 2011  2012 soit, pour vous, l’univers de tous les possibles.

 

 

Publié le 06/01/2011.

 

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