Alchimie.

D’un geste preste, j’en saisis la queue. Elle bougea et parut un peu branlante. Qu’importe, j’allumai le feu et l’y posai énergiquement. Trop, peut-être. L’écume bouillit dans un ressac mécanique et un grondement étouffé.

 

Deux cents grammes de nouilles devraient suffire. Le silence revenu fut très éphémère. La mousse avait perdu sa blancheur et léchait dangereusement le bord. Devant la monotonie, mon esprit s’évada et, l’espace de quelques secondes, vagabonda d’idées en souvenirs, d’envies en émotions. Un sourd rugissement me tira de mon for intérieur et mon cerveau rechaussa les semelles de plomb de l’ennui. La flamme crachait du jaune dans ses bleus pour repousser  l’assaut aqueux.

 

Vivement, je l’attrapai. La queue me resta dans la main et, dans un fracas métallique, le reste atterrit sur un tract politique qui traînait au sol. Le liquide brûlant doucha le portrait qui se gondola. L’encre se délaya. Alors, dans cette étrange alchimie inversée, apparut ce que les traits et le vernis politique cachaient. Les tréfonds de son âme et ses réelles ambitions s’affichaient sur son visage recomposé. L’avenir se recrée dans le miroir du passé.

 

© V.T.

 

Bande son : Alice Russell – Lights went out.

 

 

The Red Egg - Oskar Kokoschka - 1940

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