En deux.

 

 

Le vent tapait à la fenêtre, fuyant probablement l’orage qui menaçait de sa voix caverneuse. Ashley sortit un couteau,  respira profondément et fit une première incision. La douleur traversa son visage en s’attardant. Le regard embué l’empêchait de voir où elle coupait.  D’un revers de main, elle essuya ses yeux et enfonça la lame effilée jusqu’à ce que son coeur soit partagé en deux. Les traits contractés par la souffrance et la tristesse, les yeux rougis comme ses mains, elle déposa les moitiés  dans  deux boites en verre. Elle prit son manteau et alla retrouver Gregor.

 

La rue hurlait de mille bruits pour effrayer le vent qui n’emportait rien.  Gregor l’attendait un peu anxieux en se faisant un café. Il l’embrassa. Elle lui tendit le récipient. Il l’ouvrit et lui sourit avant de l’enlacer.  La porte tendit l’oreille pour écouter leurs confidences.

 

Le lendemain, Ashley, le deuxième boite serrée dans ses mains, se dirigea vers l’appartement de Desmond.  La rue encore ensommeillée était plus imposante par son silence.  Le froid mordait ses doigts dans les premières lueurs de l’aube. Desmond n’était pas chez lui. Ashley l’attendit dans le couloir.

– Ça fait longtemps que tu m’attends, chérie ?
– Assez, oui. Heureusement tu arrives avant que je doive repartir.
– Pourquoi m’as-tu pas prévenu ?
– Tiens.
Desmond regarda le récipient, un peu surpris et l’ouvrit.
– La moitié de ton coeur ?  Seulement ?
– Comme tu vois.
– C’est un acompte ?
– On en parlera plus tard. Je vais être en retard.
– Où est l’autre moitié, Ashley ?!
– Plus tard.
– Non ! Maintenant !
– Non !
– A qui as-tu donné l’autre moitié ?! T’as pas le droit d’en aimer un autre !
–  Tu es mal placé pour me faire des reproches sur ce sujet. Sois cohérent avec toi-même pour changer au lieu d’être  injuste, une fois de plus.
– Tu es agressive !
– Je suis agressée.
–  J’ai des raisons d’être agressif. Et d’abord je suis cohérent et pas injuste !
– Bah voyons. Et Sandy ?
– C’est pas pareil.
–  Rhooo ! Il n’y a pas que ça. Tu as changé. Hélas.
– Toi aussi !
– Effectivement.
– D’autres reproches ?!
– Je t’avais dit que si on laissait les problèmes de communication s’amplifier, on en arriverait là.  Tu n’as pas voulu m’écouter.
– Tu es entrain de me dire que c’est de ma faute ? C’est ça ?! T’es dégueulasse !
– Les torts et les responsabilités ne sont jamais d’un seul côté, Desmond. Comme le respect doit l’être…

 

 

Gabriel Fauré – Sicilienne pour violoncelle et piano opus 78.

 

 

Les arbres dans la chambre  - Giorgio de ChiricoGiorgio de Chirico – Les arbres dans la chambre

 

 

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